Dans un Rap Game livré aux hommes et au discours quelques fois misogynes, le rap féminin naît en marge des rap machistes. Le rôle de la femme dans la musique urbaine “en général” (Rap – R’n’B) a beaucoup évolué.

En France, beaucoup de “chanteuses” ont été cantonnés au rôle de “choristes” autour des rappeurs à la fin des années 90′. Même lorsque le Rap leur permettait de développer leur personnalité, elles étaient les représentantes du “Love”. Féminité et amour étaient indissociablement liés.

C’est d’abord Lady Lastee à la fin des années 90′ avec son tube “Et Si…” puis Diam’s au début des années 00′ qui font évoluer le rôle de la femme dans la musique urbaine. La femme devient une “personne” en soi capable d’amour mais aussi d’autres sentiments. Aujourd’hui, Shay, Aya Nakamura, Marwa Loud, Lyna Mahyem, Liza Monet, Keny Arkana, et beaucoup d’autres femmes artistes représentent chacune à leur une manière une facette de la musique urbaine.

Et dans tout ce melting pot de la féminité il y a Chilla. Proche de Youssoupha et de Kery James (qui la place en featuring sur son dernier album “J’Rap Encore”), la jeune rappeuse a été repéré par Tefa. On connaît la réputation du producteur magnifique dénicheur de talent.

C’est surtout dans l’émission “Rentre dans le Cercle” présentée par Sofiane que la rappeuse vient mettre un terme à la condescendance de principe. La jeune femme assume pleinement sa féminité mais elle ne va pas jouer “la belle gosse amoureuse”. Elle plie le Cercle en deux. Dernièrement, Chilla fait même une apparition dans la vidéo “Expérience 3” qui a précédé la sortie de “Polaroïd Experience”. Entre rap conscient et égo-trip inconscient, Chilla se fraie un passage dans le Rap.

L’artiste a déjà sorti un EP prometteur en automne 2018 intitulé “Karma”. Epaulé par des artistes comme Sofiane, Lino encore Jok’air, elle bénéficie du soutien du milieu pour son originalité. En raison de son engagement pour les femmes dans des titres comme  “#Balancetonporc”, “Sale Chienne” ou “Si j’étais un homme”, la jeune chanteuse est considéré comme féministe.

Réduire le poulain de Tefa au féminisme n’est pas pertinent. Chilla est surtout une artiste “féminine” de son temps. Son combat pour les femmes suite à l’affaire Weinstein qui a lancé le mouvement “MeToo” n’est pas forcément ce qui la définit le mieux. En tant que “femme” et “artiste”, il semble qu’elle ne pouvait que réagir à ce mouvement international au lieu de fermer les yeux. Mais l’interprète de “1er jour d’école” est avant tout une artiste qui fait bouger les lignes et pas seulement avec des titres “#BalanceTonPorc”.

Avec une année 2018 assez discrète malgré un single 1er jour d’école qui cumule aujourd’hui plus de 5 millions de vues sur YouTube, Chilla commence 2019 avec un nouveau single dont elle a dévoilé le clip ce mercredi 9 janvier.

Dans “Mira”, produit par Benjay, la rappeuse mêle amour et violence, détruisant son amant en lui mettant un sac sur la tête. Intéressant de placer un homme dans cette situation de faiblesse. Le titre est un peu vaporeux et chanté loin du R’n’B amoureux mais pas non plus branché Trap et énervement.

Le clip réalisé par Aube Perrie est cinématographique. PNL avec Kourtrajme, Bosh avec Blvck Anouar, SCH avec Fifou, sont autant d’exemple de groupes ou de rappeurs qui assument le côté artistique et cinématographique de leur vidéo clip. C’est une tendance qui vient directement des USA et de certains clips comme le “Allright” de Lamar ou le “Paper Trail” de Joey Bada$$.

Chilla rappelle à tous que c’est incontestablement une femme de son temps.