mercredi 22 septembre 2021

Dinos – Snitch

C’est au début de l’été que Dinos sortira Stamina, mementoune période très surprenante par rapport au style de l’artiste. En effet, on est habitué au fait que les sentiments que nous procure sa musique soient associés à la tristesse, la mélancolie ou encore le spleen. Les saisons froides en sont l’allégorie.

Et là voici qu’arrive le 2 juillet la suite de l’excellent Stamina, marqué par le premier extrait Snitch qui est décrit par Oumardinho comme « une vraie révolution dans le style de Dinos ».

Il crée la surprise avec un son sur lequel on ne l’attendait pas et montre qu’il est capable de proposer autre chose, de se renouveler. Si l’on en croit les commentaires, sa fan base est déroutée, c’est le genre de proposition qui laisse pantois la première écoute mais dont on finit par ne plus décrocher. C’est une performance de Dinos car il arrive à nous faire aimer cette expérimentation sans que l’on sache expliquer pourquoi.

Pourquoi ? On a quand même quelques éléments de réponses, une instru vraiment unique en son genre née de la collaboration de plusieurs beatmakers dont Ken&RyuChapo et Heizenberg. Il y a tellement d’éléments de bruitages différents qu’on a l’impression d’entendre une musique de film. Ce n’est pas seulement un titre c’est un concept à lui tout seul. Niveau écriture contrairement à l’habitude de Dinos il y a très peu de texte, c’est très épuré, et très court.

Quand au clip réalisé par Paul-Henry Thiard, que l’artiste nous conseille de regarder plutôt deux fois qu’une, il est visuellement très réussi. Enfin une représentation fidèle du Sénégal et notamment de Dakar qui n’est pas misérabiliste mais montre sa richesse. Cela fait écho à l’extrait du discours de Youssou N’Dour à la fin des Pleurs du mal sur l’album Imany qui rompt avec le concept de Françafrique et remet en cause l’héritage colonial. C’est une pensée que partage Dinos et qu’il met en valeur au travers du personnage de El-Hadji Diouf, footballeur international sénégalais, présent à la fin du clip.

Tout au long de celui-ci, on y voit différents lieux et activités emblématiques de la vie dakaroise, comme aller au barber dans la Medina, assister aux entrainements des lutteurs sur la corniche, aller voir les animaux dans la réserve de Bandia, se rendre dans la forêt des Baobabs, naviguer sur une pirogue. Dans ce tableau idyllique, il y a une ombre qui plane, une arrestation policière, un homme qui pointe son arme, des vols d’oiseaux de mauvais augure et le tatouage du serpent qui revient souvent. Le serpent peut signifier la possibilité de changement, qui est audible dans ce son pour Dinos, à première vue il fait peur mais il permet de visualiser les transitions à venir. On peut y voir la vengeance de l’homme au tatouage qui va balancer (snitch) les activités du groupe et les mener à leur perte.

Quoi qu’il en soit, comme tout vrai artiste, ce que propose Dinos demande réflexion tant sur le fond que sur la forme. Avec la symbolique du serpent il a l’air d’annoncer un changement, est ce que cela va être le cas sur toute la suite du projet ou seulement ce titre ? Courage, plus que quelques jours seront nécessaires pour le découvrir !