lundi 6 juillet 2020

Tout simplement noir, une comédie au casting exceptionnel à voir d’urgence ! (Vidéo)

Devenir rédacteur chez Rapunchline

T'as l'âme d'un journaliste, t'es super motivé et tu t'y connais bien en musique urbaine ? Si tu penses avoir toutes ces qualités, contacte-nous par mail pour rejoindre notre équipe de bénévoles.

Pour les plus vieux d’entre vous Tout simplement noir fait référence au groupe de rap des années 80-90 avec notamment la chanson A propos de Tass qui a pu marquer les esprits.

Ici il ne s’agit pas de rap mais de cinéma, Tout simplement noir c’est un film de Jean-Pascal Zadi et John Wax qui met en scène le projet de JP, sous la forme d’un docu fiction, qui souhaite organiser la première marche de contestation noire. Fary, qui à ce moment là se trouve au centre d’un bad buzz, va y voir le moyen de se racheter auprès de son public noir et de manière intéressée va être un appui pour JP. Il va alors rencontrer bon nombre de personnes connues comme JoeyStarr, Eric Judor, Fabrice Eboué, Lucien Jean-Baptiste, Fadily Camara, Vikash Dhorasoo, Ramzy Bedia, Claudia Tagbo etc… qui vont donner lieu à des situations hilarantes.

A première vue, il s’agit d’une comédie sauf que l’on s’aperçoit vite qu’il y a un second sens de lecture car on se rend compte qu’il permet de se poser les questions de l’identité noire et du sens du militantisme pour la cause noire. Face à ces acteurs, qui sont tous considérés comme une entité uniforme car ils font parti, du fait de leur couleur de peau, de la « communauté noire », on voit que ce mot ne veut en réalité rien dire. En effet, chacun a ses particularités, chaque individu est une personne à part entière avec son identité propre et la réduire à sa seule couleur de peau est extrêmement dangereux. Dans le film, JP va rencontrer différents groupes de militants pour la cause noire et il va se rendre compte que la Brigade Anti-Negrophobie a ses revendications propres, différentes des afro-féministes par exemple. Ce film va également permettre à certains artistes qui essuient des critiques par rapport à leur engagement ou non pour la cause noire de répondre. Soprano va être taxé de rappeur pour les collégiens alors qu’il fait volontiers porter sa voix lorsque c’est nécessaire mais pas forcément dans sa musique. Fabrice Eboué qui avait pu essuyer des critiques avec son film Case Départ du fait d’avoir traité le sujet de l’esclavage de manière humoristique revendique le positionnement qui est, qu’il en a parlé, ce qui est rare au cinéma. Au contraire, Lucien Jean-Baptiste accusé de faire des films de « bounty » avec Ma première étoile mettant en scène une famille de personnes noires allant pour la première fois au ski explique que c’est un choix de ne pas traiter un sujet militant mais contribue au combat car il permet de visibiliser les noirs au cinéma. Chacun va avoir sa façon de vivre sa négritude et de la transformer dans un engagement artistique. JP va également se retrouver confronté à d’autres acteurs qui vont tenter de récupérer son mouvement pour des intentions personnelles qui sont de redorer son image comme Fary ou encore Ramzy, Melha Bedia, Amelle Chahbi, Rachid Djaidani qui souhaitent que les arabes soient alliés au mouvement, tout comme Jonathan Cohen qui ne veut pas que les juifs soient en reste. Vikash Dhorasoo qui se considère comme un homme noir souhaite prendre part au combat sauf  qu’il n’est pas perçu comme tel par JP qui l’exclut du mouvement. Au contraire, Eric Judor est encouragé à se revendiquer comme noir et non comme français d’origine autrichienne pour participer à la marche.

Jean-Pascal Zadi explique, avant d’être accusé de communautarisme, que, en effet, c’est un film français avec beaucoup d’acteurs noirs, mais il existe en écrasante majorité dans le cinéma français des films avec 100% des acteurs du casting de couleur blanche et que personne ne parle de communautarisme car ils ne sont pas vu au travers de leur couleur de peau mais bien de leur talent. C’est donc cette même logique qu’il faut utiliser pour ce film. On voit également la difficulté d’être un acteur noir car les réalisateurs font une projection sur les acteurs de leur manière de voir un homme noir qui est souvent ou un banlieusard, violent, violeur ou alors un sans papier etc…; pour une femme noire il s’agit d’une panthère qui ne serait qu’un corps sexualisé. Il est donc nécessaire de faire ce genre de film qui permet de montrer qu’il faut arrêter de faire des généralités car cela mène à des drames comme les violences policières, sujet également traité dans Tout simplement noir, et qu’il est possible de réussir à réaliser des films en enfonçant des portes qui sont fermées à la base.

Le contexte s’avère particulier pour le film car on est en pleine résurgence du mouvement Black Lives Matter avec la mort de George Floyd et de nouvelles mobilisations pour l’affaire Adama Traoré, mort étouffée par des gendarmes dont la culpabilité n’est toujours pas jugée. Néanmoins, Jean Pascal n’essaie pas de surfer sur « cette vague » car le film devait sortir en Avril mais a été reporté à cause du confinement et malheureusement cette vague connaît des va-et-vient assez régulier car les discriminations, le racisme, les violences policières subies par les personnes de couleur noires interviennent de manière récurrente. A la fin du film, Fary appelle à une mobilisation, sur le modèle d’un appel qui avait été lancé par les féministes. On vous laisse découvrir son appel en visonnant le film, jusqu’au bout ! (Conseil : Ne partez pas lorsque les noms des acteurs et du staff apparait 😉 )

La sortie du film a été reportée au 8 Juillet et en attendant, voici le dernier teaser dévoilé :