C’est une grande surprise que nous ont offert Soprano et Kery James Samedi soir dernier sur la grande scène de la fête de l’Humanité en interprétant leur dernier titre Challenger. Ce titre est issu de la réédition de l’album de Kery sous le nom Tu vois j’rap encore, rien ne pouvait plus nous faire plaisir de la part du rappeur qui a déclaré plusieurs fois vouloir tirer sa révérence. Challenger a été produit par le beatmaker Trent 700, à l’origine notamment de prod de Ninho ou Damso et de Denza dont on peut citer la Madrina de Maes et Booba ou encore Tous les Couler, le feat de Niska et Koba LaD.

Challenger est un terme utilisé dans le milieu sportif pour désigner une personne qui essaie d’arracher le titre au champion ; Kery utilise son propre exemple pour illustrer son propos, personne n’a voulu produire son film au cinéma alors il est passé par la plateforme Netflix. Tout réside dans le fait de ne jamais baisser les bras « s’élever, progresser, lutter, même quand on a mal », et de se donner les moyens d’y arriver même si c’est plus compliqué. C’est un message de force et de courage pour ces jeunes de banlieue qui sont invisibilisés, en qui personne ne croit, pour leur dire d’essayer encore et encore et toujours plus fort « Toujours le même je m’suis dis toi t’es plutôt du genre à mourir en essayant ».

Dans ce duo ils ont essayé de mêler leurs deux univers, un message fort et poignant sur un refrain et des parties chantantes, peu de texte et beaucoup d’espaces. C’est un pari réussi ! Ces deux grands rappeurs sont issus de la même génération et de la même école du rap, celle du rap conscient, mélancolique mais ils ont pris au cours de leur carrière des chemins différents. Sopra M’Baba s’est dirigé vers un courant que l’on pourrait appeler la pop urbaine, plus accessible au grand public ce qui lui a permis d’élargir sa fan base. Il explique ce changement par le fait qu’il soit heureux dans sa vie et non plus dépressif comme dans son album Puisqu’il faut vivre, il a donc envie de chanter des choses légères, positives. Mouhammad Alix quant à lui poursuit sur sa voie de toujours, celle du rap engagé, conscientisé ayant pour but de visibiliser, de valoriser la banlieue et de dénoncer les injustices sociales et politiques.

Sur la scène du festival de l’huma Sopra l’a présenté de manière très élogieuse en expliquant que c’est un de ceux qui l’ont donné envie de faire du rap et surtout qu’il est admirable de par son action et son message. C’était un très beau moment où on a pu voir l’amitié des deux hommes lorsqu’ils se sont serrés dans les bras.  Il a également rappelé la sortie de son film qui sera, on ne le dira pas assez, le 12 Octobre sur Netflix.