L’artiste vient tout juste de dévoiler son nouvel opus, « Finalement ». En guise d’introduction, sur le titre « Chaise vide », il évoque le dénouement tragique d’« Alain ». Un dénouement douloureux, mais attendu. Dans une interview accordée au magazine Nouvelle Vague, il confie cette lueur d’espoir qu’il met en scène dans « Finalement » — une lumière qui s’extrait des ténèbres :
« Oui. Je ne voulais pas resservir la même chose à ceux qui me suivaient déjà. Le contexte de “Alain” était tellement dramatique, entre ma séparation et la maladie de mon père. C’était un tel bouleversement, comme une machine à laver. Je ne pouvais pas raconter des choses solaires. Là, l’album s’appelle “Finalement”, la vie continue, il fallait que ce soit ça que je raconte, plutôt que de raconter la tristesse profonde. Il fallait qu’il y ait de la lumière dans ce projet. Je pense aussi que c’est ce que mon père aurait voulu. »
« Finalement », Kemmler revit.
« Finalement » n’est pas un projet joyeux ou léger. Même avant « Alain », Kemmler berçait déjà ses auditeurs avec des titres mélancoliques. Avec humour, gravité, humilité et surtout sincérité, l’artiste, depuis la sortie de son titre « Moi aussi », manie les mots pour mettre en lumière ses émotions et ses pensées.
Sur ce nouveau projet, Kemmler collabore notamment avec KNY Factory et Nazim. Le premier, producteur reconnu, a travaillé avec La Zarra et composé le titre « Tu me donnes chaud » pour Taïro. Le second, Nazim, est un auteur-compositeur qui a collaboré avec Amir et Claudio Capéo. Dans son entourage comme dans sa plume, Kemmler se rapproche toujours plus de la chanson française. Youssoupha l’avait d’ailleurs prédit dans son morceau « Chanson française » : la musique urbaine deviendra la nouvelle chanson populaire. Chez Kemmler, cette influence est présente depuis ses débuts, portée par la force du verbe.
C’est le titre « Comme personne » qui a ouvert la promotion du projet « Finalement ». L’artiste, fidèle à lui-même, ne cède pas à l’égotrip : il expose ses failles avec justesse et pudeur, livrant un projet une fois encore « à livre ouvert » :
« L’habit fait pas l’moine, j’suis en The Kooples
J’fais le dur, y’a Céline dans mes écouteurs
J’prends des décisions qui m’séparent du monde
J’annule tellement de dates que j’ai initié. »
L’amour fait également son retour chez Kemmler, toujours teinté de mélancolie — une constante dans l’œuvre de l’artiste, qui voit parfois la fin d’une histoire avant même qu’elle ne commence, comme dans « Si un jour tu pars » :
« Que j’suis pas avec toi, que j’suis autre part
Tu m’dis de foutre le camp
Tu me souris, pourtant j’dirais qu’on s’aime
Mais on s’aime à contretemps. »
À contre-courant d’une musique urbaine dominée par l’ego, la testostérone et la recherche du buzz, Kemmler se fait l’écho d’une chanson française moderne, fragile et sincère, qui tente d’exister dans le vacarme des sentiments. Avec « Finalement », l’artiste franchit une nouvelle étape — dans sa vie comme dans son œuvre — laissant une fois encore une empreinte indélébile de cette jeunesse désorientée qui apprend à devenir adulte.
