À l’aube des années 90, tandis que Passi et Stomy Bugsy inauguraient les relations délicates entre le rap et la police avec Ministère A.M.E.R. et le brûlot « Sacrifice de poulets », présent sur la compilation inspirée du film « La Haine », c’est une page de l’histoire du rap français qui s’écrivait. Entre le film culte de Mathieu Kassovitz, qui connaîtra une forme de prolongement spirituel avec « Les Misérables » de Ladj Ly, et cette génération de rappeurs emmenée par le Secteur Ä, IAM, ATK, la Fonky Family, NAP ou encore NTM, qui a posé les fondations de ce que l’on appelle aujourd’hui l’âge d’or du rap français, on mesure à quel point la situation dans les quartiers populaires a finalement peu évolué. En revanche, le rap est devenu le genre musical le plus écouté en France, mais aussi dans une grande partie du monde. Parmi les dix artistes les plus écoutés sur Spotify en France, au moins neuf appartiennent aujourd’hui à cette famille musicale.
Passi est un précurseur à plus d’un titre. Avec « Les Tentations », paru à la fin des années 90, et des classiques comme « Je zappe et je mate », « Le maton te guette », « Il fait chaud » ou, plus tard, « Émeute », il participe activement à faire entrer le rap dans le grand public. Il fait partie de ces artistes qui ont permis au rap d’être écouté bien au-delà de son public d’origine, tout comme Stomy Bugsy. Avec Bisso Na Bisso, le rappeur et son collectif d’origine congolaise anticipent également la vague afro qui déferlera en France plusieurs décennies plus tard avec des artistes comme MHD, Aya Nakamura, Dadju et bien d’autres.
En avril dernier, le rappeur a dévoilé son nouvel album « Bande Originale ». L’artiste y développe son univers à travers un posse cut réunissant quelques-uns des plus grands noms du rap français, parmi lesquels Rocca, Rockin’ Squat, Les Sages Poètes de la Rue et Akhenaton, sur le morceau « Les saigneurs du micro ». Le projet comporte également plusieurs titres à portée sociale, dans la lignée des morceaux engagés, lucides mais jamais moralisateurs qui ont toujours caractérisé son écriture. « Vol au-dessus » fait directement référence au classique du cinéma « Vol au-dessus d’un nid de coucou », avec Jack Nicholson. Aujourd’hui, Passi poursuit la promotion de son album avec le clip de « Tu sais », en featuring avec Uzi. Les deux rappeurs évoluent sur une production qui respire les années 90, dans une atmosphère mélancolique, comme si, entre 1990 et 2026, peu de choses avaient réellement changé dans les quartiers populaires français.
Passi défend « Bande Originale » avec le titre « Tu sais » en featuring avec Uzi !
D’après les crédits publiés sur Genius, la composition instrumentale est signée Santaj. Le producteur a notamment collaboré avec l’artiste turque Anke ainsi qu’avec Cevap, notamment sur le titre « Yalan ». Quelques notes de piano mélancoliques viennent soutenir une rythmique classique, tandis qu’un refrain chanté apporte une touche de douceur. Par moments, un riff de guitare renforce encore davantage la dimension nostalgique du morceau. « Tu sais » raconte la rue, le vécu et les réalités sociales, loin de toute idéalisation :
« Les gagnants cherchent les moyens, les perdants des excuses
Pour une place sur ce terrain, certains tuent, d’autres sucent
Premier trophée en 97, grosse tournée en 2027
Pas de papier, t’es remplaçant
Tu veux palper, qu’on t’respecte »
Le visuel, réalisé dans une esthétique inspirée du cinéma américain, met en scène des destins de rue qui basculent dans le drame. Son storytelling réaliste renforce la portée du morceau et fait écho aux thématiques que Passi explore depuis le début de sa carrière. À la fin du clip, le rappeur annonce sa tournée « Bande Originale Tour 2026 », une occasion pour le public de retrouver sur scène l’une des figures majeures de l’âge d’or du rap français, accompagné de ses nombreux classiques.
