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Entretien avec le beatmaker Stef Becker !!

Afin d’aiguiller et orienter les personnes désireuses de se lancer dans les différents métiers du rap, un nouveau format d’interview vous est proposé. Ces entretiens qui seront disponibles deux fois par mois, présenteront chaque métier en rapport avec le rap. Que ce soit les métiers du son, de l’image où d’autres moins connus comme chef de projet ou producteur, ces entretiens avec des professionnels du milieu permettront de vous donner des informations, des conseils, dans le métier sur lequel vous voulez vous lancer.

Pour débuter ce nouveau concept, nous avons eu l’honneur de nous entretenir avec un beatmaker reconnu par ses pairs nommé Stef Becker. Présent sur différents albums de gros artistes ( Capo Dei Capi 2 de Alonzo, Avec le temps de Soso Maness, JVLIVS II de SCH …) mais également créateur du label 140 BPM qui développe 5 compositeurs, Stef Becker a accepté de nous accorder son temps libre pour pouvoir répondre à plusieurs questions.

R : Peux-tu nous dire à quel moment tu t’es lancé dans le beatmaking ?

Stef : J’ai débuté le beatmaking jeune, dans ma chambre, il y a à peu près quinze ans. Ce que j’aimais c’était principalement cette recherche de samples et surtout, pouvoir tester ces samples sur d’autres rythmiques. C’est par la suite que j’ai découvert la composition avec le premier Fruity Loops.

R : Envisageais-tu à tes débuts de te professionnaliser ?

Stef : Je m’y suis lancé par pure passion, sans vraiment penser à en faire quelque chose de concret. Je suis issu des années 95/98, avec des groupes phares et un esprit hip-hop. J’ai toujours voulu avoir un pied dedans par passion. A ce moment-là, je n’envisageais à aucun moment d’en faire une carrière.

R : Il y a t-il un événement qui t’as subitement poussé à te lancer dans une carrière ?

Stef : J’avais un travail qui me prenait beaucoup de temps et d’énergie, et pour lequel j’ai décidé de tout arrêter du jour au lendemain. C’est à ce moment-là, épaulé par ma femme et mes enfants, que je me suis pleinement lancé dans le beatmaking. Lorsque j’ai pris cette décision, j’ai rencontré TK, avec qui on a construit quelque chose, me permettant d’envisager une carrière dans la musique.

R : Avais-tu appris le solfège où t’es tu lancé dans le tas dès tes débuts ?

Stef : Je suis issu d’une famille de musiciens amateurs mais je n’ai jamais appris le solfège. J’avais quelques notions musicales comme lire une partition où encore comprendre des notes mais ça s’arrêtait là. Dès lors que je me suis mis sur Fruity Loops ( FL Studio ), je n’ai pas ressenti une réelle nécessité à apprendre le solfège. Tout est fait pour apprendre à composer sans notions, ce qui est plutôt cool.

R : Pour les jeunes qui regardent cette interview, qui veulent se lancer dans le beatmaking et qui n’ont pas forcément de bases. Est-ce que tu leurs conseillerais une école où se former ?

Stef : Sincèrement non, sauf s’ils veulent apprendre à jouer des instruments ou développer leurs notions musicales. Mais un jeune qui veut se lancer peut simplement le faire sur Fruity Loops, en s’appuyant sur des tutos qui émergent depuis quelques années sur Youtube. La musique est accessible à tous aujourd’hui, et celui qui veut, peut le faire avec ou sans formation.

R : Quel budget penses-tu qu’il serait judicieux d’avoir pour investir dans du matériel et se lancer dans le beatmaking ?

Stef : Pour débuter hors PC, il suffit d’une petite carte son USB et d’une paire de monitoring ou casque. On peut s’en sortir avec un budget aux alentours de 200 euros. Le plus cher est évidemment le PC en lui-même. Mais hors PC, on peut trouver des bundle ( pack d’articles ) chez certains distributeurs à ce prix-là avec casque et carte son pour démarrer. Tout est accessible sur le net en terme de logiciel, pour débuter le seul coût est lié au matériel physique.

R : A travers ce métier où il faut être polyvalent, le côté administratif est très souvent méconnu des jeunes beatmakers. Connais-tu des plateformes ou des organismes qui peuvent les conseiller et les orienter ?

Stef : C’est vrai que le  » à côté  » de la musique est plutôt sombre et flou pour les jeunes beatmakers. J’ai appris à voir ce qu’il y avait à côté et comment l’exploiter au mieux pour mes intérêts. Il n’y a pas de réelles plateformes ni d’organismes qui vont épauler et accompagner les jeunes. C’est un projet que j’ai notamment. Pouvoir créer dans le moyen terme une structure capable d’aider, d’accompagner et de récolter les droits qui leurs reviennent.

R : Est-ce que tu as décelé d’ailleurs des contraintes dans ce travail ?

Stef : Plusieurs côtés comme le démarchage d’artistes peuvent être contraignants au début. Ne pas avoir de réponse, ne pas réussir à approcher les rappeurs. Le côté administratif peut vite devenir une contrainte si on le néglige. Hormis cela, je n’ai pas décelé beaucoup de contraintes. Je pense que tout se joue au mental. Au moment où notre musique génère de l’argent, il faut simplement se structurer.

R : Ceci étant dit, pas mal de jeunes ne parviennent pas à perdurer dans ce milieu. As-tu des conseils à donner à tout les novices qui veulent se lancer dedans ? 

Stef : Je suis d’accord sur le fait que beaucoup de jeunes se perdent. Il faut, à mon sens, être patient et persévérant. J’ai travaillé non stop durant des années pour arriver à ce que je fais aujourd’hui. Le travail est essentiel. J’ai sacrifié énormément de choses et de moments importants pour ma musique. Je ne dis pas qu’il faut tout sacrifier, mais savoir investir de son temps et se rendre disponible pour la musique.

R : Les notions de passion et persévérance sont effectivement importantes dans ce métier. Pour en revenir à toi, tu as eu la chance de travailler avec de gros artistes comme JUL ou SCH et même de participer au projet Classico Organisé. Le fait de côtoyer de grands rappeurs t’apportes-t’il une certaine notoriété au-delà des frontières du pays?

Stef : Cela commence à être bénéfique de côtoyer et travailler avec des artistes d’envergure comme ceux que tu as cités. Cela m’est plus facile d’être en relation avec des artistes européens par exemple c’est sur. Je travaille énormément sur mon développement de mon carnet d’adresses. J’essaie chaque jour de viser plus loin, et sans ces projets que tu as cité, cela aurait été plus compliqué.

R : La rémunération est primordiale pour que le beatmaker puisse vivre de son travail. Est-ce que selon toi, le tarif des prod doit varier en fonction du style ( old-school ou drill ) ?

Stef : Pour moi, le style de la prod ne devrait pas jouer sur la tarification. Le prix varie en fonction de la notoriété du beatmaker.

R : Est ce que tu recommanderais un tarif minimum pour ne pas travailler  » à perte  » ?

Stef : Pour les jeunes beatmakers, je conseille fortement de s’aligner sur ce qui se fait sur le marché. Généralement, vendre des prods entre 30 et 100 euros sur de la non exclusivité. C’est classique et ça parle à tout le monde. Tout dépend de l’implication que l’on a dans la musique, de la vision que l’on se fait d’elle-même et de nos attentes.

R : Merci beaucoup Stef pour cet entretien, nous espérons que cela a été utile aux jeunes qui veulent se lancer dans le beatmaking. Nous nous retrouverons prochainement pour une interview centrée sur le métier d’ingénieur du son.

 

 

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