Decimo est un artiste signé chez Morning Glory. Il se fait très vite remarquer par Bellek après la sortie de sa mixtape K.E.L.L.O.G.Z Vol. 2. Peu après, le label enrichit son catalogue avec Bag Jeune B, Zé, Yoko et Favé. Dans une interview accordée à Billboard en 2021, Bellek revient sur cette stratégie :
« Quand je joue à FIFA, je joue en mode carrière, je revends tous mes gros joueurs et je vais chercher des petites pépites. »
D’ailleurs, dans une interview accordée à Booska-P à l’occasion de la sortie de Symphonia Vol. 2, Decimo raconte sa rencontre avec Bellek, qu’il ne connaissait pas vraiment à l’époque. Pourtant, celui-ci est une véritable éminence grise du rap français, davantage homme de l’ombre que tête d’affiche :
« Il me dit : « Fais-moi écouter ce que tu fais. » […] Il me dit : « Si t’es chaud, on fait un truc. » Je rentre chez moi, je tape DJ Bellek sur Google et là je me dis : « Heureusement que j’ai pas fait de la merde. » »
L’artiste sort son projet Mana en février 2026. Quelques mois plus tard, il en dévoile la réédition.
Pour l’occasion, l’artiste originaire du Val-Fourré, à Mantes-la-Jolie, et plus précisément de la rue François-Pizzaré, réalise une impressionnante live session dans son quartier. Une manière de rendre hommage à ceux qui l’ont précédé et ont façonné son identité artistique.
Decimo réalise une live session à Mantes-la-Jolie pour la réédition de son projet Mana
Comment ouvrir cette live session autrement qu’en rendant un immense hommage à Vicié et à son morceau Les Bas Fonds de Mantes-la-Jolie ? Decimo reprend le titre emblématique de cette figure incontournable de la scène mantaise et va même jusqu’à sampler son refrain devenu mythique :
« Les bas fonds de Mantes-la-Jolie se manifestent. »
Le morceau comme son visuel sont entrés dans l’histoire de la ville.
On retrouve également le monumental Dealer pour survivre du groupe Expression Direkt. Doté d’un immense talent, profondément ancré dans l’âge d’or du rap français, le groupe n’a pourtant jamais connu la carrière qu’il méritait. Des morceaux comme Dealer pour survivre, La Roue tourne ou encore Au-delà du réel sont devenus des classiques du rap hexagonal.
Le morceau repris par Decimo figure sur l’album La Haine, musiques inspirées du film, la compilation sortie en 1995 autour de l’univers du film de Mathieu Kassovitz. Decimo pose aujourd’hui sur cette instrumentale mythique qui a marqué toute une génération de rappeurs.
Viennent ensuite les nouveaux titres de la réédition de Mana, avec Romeo et NBA. Les deux productions instrumentales sont signées Bellek lui-même. On retrouve également Skillano et Sm!le, respectivement invités sur chacun des deux morceaux.
Romeo et NBA illustrent parfaitement la capacité de Decimo à changer de registre. Si Romeo est un morceau rappé mais relativement accessible, porté par quelques envolées mélodiques, NBA plonge dans un univers plus sombre, plus proche du rap de rue, sans jamais tomber dans une drill nihiliste ni dans une trap hardcore.
Il y a quelque chose de profondément poétique dans cette réédition de Mana. Certaines vérités assénées par Decimo viennent même profaner des sanctuaires que beaucoup considèrent comme intouchables :
« Et ton pote crache sur toi à cause d’un petit bonnet A. » (NBA)
ou encore :
« Je paie pas les shotters, c’est mes potos, j’ai un code promo qui tue. » (NBA)
Le visuel est signé Jules Navarro. Avec son noir et blanc très contrasté et ses ambiances évoquant autant Mathieu Kassovitz que Kendrick Lamar, cette live session dégage une véritable esthétique américaine. Réussir à filmer tout un quartier sans jamais lasser le spectateur relève de la performance. Jules Navarro fait preuve d’une réelle inventivité dans sa mise en scène. Le réalisateur s’est notamment illustré par ses clips L’Homme Enfant de Camille ainsi que Anges & Démons de Nuit.
