Romsii est une véritable exception dans le paysage du rap français. En France, la musique urbaine a longtemps été associée à la street credibility et, historiquement, la scène rap hexagonale a souvent eu du mal à accepter les artistes qui choisissaient d’adoucir les codes du genre. Alors que le R&B connaissait un succès phénoménal aux États-Unis au début des années 2000, une partie du rap français s’en est rapidement éloignée. Rohff résumait cette opposition dans « On fait les choses » avec une phrase devenue culte : « La vague R’n’B, je la ferai mieux chanter dans sa chambre. » Plus récemment, Booba et le journaliste Mehdi Maïzi ont également affiché leurs divergences sur cette évolution du rap, le fondateur du 92i reprochant au créateur de « Le Code » d’inviter des artistes aux influences électro. Pourtant, après l’immense succès de Sexion d’Assaut, Gims, Dadju ou encore Aya Nakamura, qui ont largement ouvert le rap français à la pop, à l’afro et à d’autres sonorités plus accessibles, une nouvelle génération assume pleinement le métissage des genres. Romsii s’inscrit parfaitement dans cette nouvelle vague.
En 2025, Romsii dévoilait « Lola », un projet hybride mêlant rap, pop, musique électronique et chanson française. L’artiste n’y invitait que deux collaborateurs : Rosaliedu38, figure montante de la production rap française, et Kofi Bae. Aujourd’hui, il poursuit cette direction artistique avec son nouvel EP « Autour du feu ». Ce nouveau projet confirme son goût pour les univers sensibles et mélodiques, tout en accueillant Moha MMZ, un artiste qui a profondément renouvelé son écriture depuis la sortie de « La Plage », un album-concept pensé comme un véritable voyage initiatique, aussi bien intérieur que géographique.
Romsii défend son EP « Autour du feu » avec le clip du morceau éponyme
La composition instrumentale est signée Marty Bogo. Le producteur est notamment à l’origine de « Sangote » de Guy2Bezbar et collabore régulièrement avec Lujipeka, ancien membre de Columbine, dont l’univers oscille entre rap alternatif, pop et écriture teintée d’un cynisme assumé. Ici, Marty Bogo privilégie une approche minimaliste, portée par quelques arpèges de guitare délicats. L’instrumentale brouille volontairement les frontières entre chanson française, pop et rap, offrant à Romsii un écrin idéal pour développer une écriture introspective. L’artiste y évoque le temps qui passe, les sacrifices imposés par la vie d’artista et les inquiétudes d’une génération qui peine à trouver sa place.
« Je n’ai pas vu le temps passer depuis mes 20 piges / Pourtant j’ai l’impression que ma vie se fige / Depuis des années j’ai laissé les gens que j’aime sur le côté / Ça m’a coûté / Un peu de stress, un peu d’anxiété / Et quelques cheveux qui… »
À l’image de « Lola », Romsii se fait ici le porte-parole d’une jeunesse confrontée aux doutes, à la solitude et aux angoisses du quotidien. Sans jamais tomber dans un récit autobiographique trop explicite, il parvient à traduire avec finesse les émotions et les fragilités d’une génération en quête de repères et de sens.
Le clip est réalisé par Valentin Rey, dans les rues de Paris. La caméra accompagne Romsii, toujours masqué, à travers plusieurs lieux emblématiques de la capitale, des quais de Seine aux cafés et restaurants qui rythment la vie parisienne. Grâce à une mise en scène sobre, contemplative et empreinte de poésie, Valentin Rey capture l’innocence, les rêves et les incertitudes d’une jeunesse qui tente de trouver sa place dans un monde en perpétuel mouvement. Romsii enchaînera bien deux dates à Paris à l’Olympia et à l‘Elysée Montmartre.
