Kalash qui s’apprête à sortir le 1er Novembre son cinquième album studio Diamond Rock, en référence au Rocher du Diamant, petite île inhabitée du sud de la Martinique, dévoile Mada le second extrait qui précédait Salam. Cette chanson est très clairement un hymne à son île la Martinique, dont le nom amérindien est Madinina et qu’on appelle également Mada, et pas n’importe quel hymne car il a des airs indépendantistes.

Le clip démarre par un rappel historique de l’île depuis l’établissement des français, puis la création du code noir par Louis XIV qui permettait la codification de l’esclavage dans un système politique, économique et social pendant plus de 200 ans et qui a encore aujourd’hui de lourdes conséquences sur la société martiniquaise. Kalash met donc dans ce clip un message très fort concernant la colonisation, l’esclavage, l’impérialisme français et il prend une position politique très courageuse ; malheureusement ce message va être entaché par la polémique inhérente au clip. En effet, lors du tournage du clip à Fort-de-France un cortège de motos et scooters a été constitué pour se déplacer entre Sainte-Thérèse et le quartier de Dillon (dont est originaire Kalash) puis aux Terres-Sainville. Un agent de police a lourdement condamné le fait que selon lui beaucoup de personnes du cortège roulaient avec des motos sans assurance, sans permis, il déclare également qu’il a reconnu des personnes recherchées par la police, des personnes armées, des dealeurs. Il poursuit en disant que les fréquentations de Kalash ne sont que des voyous, des trafiquants de drogue et déplore le fait que l’artiste les mets en lumière. Plutôt que de laisser la polémique ternir le message de son clip Kalash va l’ajouter au clip, ce qui fait que c’est cet agent de police que l’on entend parler au début de celui-ci. C’est une bonne stratégie de sa part, cela permet pour lui de nous dire, ok voilà ce qui a été dit, maintenant que tout le monde est bien au courant on va passer à autre chose, on peut commencer à regarder le clip.

Les premières images se déroulent dans une ambiance mystique, Kalash a l’air de se recueillir auprès de sa terre mère face au rocher du diamant car il a les mains dans le sable, à cette image se superposent des images d’Eglise. On voit ensuite le fameux cortège arborant des drapeaux rouge, noir et vert constitués d’un triangle et de deux quadrilatères, ce drapeau n’est pas le drapeau officiel martiniquais mais il est celui du Mouvement national de libération de la Martinique dont les couleurs représentent le socialisme, le combat pour la cause noire et la paysannerie. Il y a par la suite une scène très forte ou symboliquement les « frères » retirent leurs chaines qui sont en fait des colliers et lui passent au cou ; par cet acte ils s’affranchissent des chaines qu’ils n’ont plus aux pieds mais dans la tête et les donne à l’artiste qui devient porte-parole de la cause indépendantiste. Cela ressemble à l’intronisation d’un roi, il a l’air transcendé par cette force, c’est d’ailleurs cette image qu’il choisit pour la cover de l’album qui est porteuse d’un sens très lourd. Il répond en même temps au policier qui l’attaque que ce sont ces voyous, ces délinquants qui vont être porteur de la révolution indépendantiste et qu’importe les moyens car la fin est honorable. Le clip se termine sur la définition de libération qui est également la revendication principale des indépendantistes.

L’œuvre de l’artiste prend une tournure très politique car il se positionne en leader et cela est superbement mis en scène par Frame X God pour Chronoprod. N’en déplaise à ses détracteurs Kalash n’est pas à une polémique près et ce n’est que le début de son combat.