La réédition de l’album de Kery James est sortie depuis vendredi et déjà des sons commencent à sortir du lot comme par exemple le featuring avec LacrimTuer un homme. Kery James qui ne s’entoure que des meilleurs réitère l’expérience avec le beatmaker Guillotine 187, un producteur de musique belge qui avait déjà signé la chanson PDM et d’autres chansons d’Hayce Lemsi. Cette réédition joue le rôle de bande originale de son film Banlieusards qui sortira le 12 Octobre sur Netflix et lui sert d’arme de teasing pour son long-métrage.

Le premier feat avec Orelsan nous renvoyait au personnage de Soulaymann, élève avocat qui participe à un concours d’éloquence lors duquel il est amené à débattre de la question de la responsabilité de l’Etat dans la situation actuelle des banlieues. Ce feat avec Lacrim nous renvoie quant à lui au personnage de Demba, l’aîné de la fratrie, qui se trouve aux portes du grand banditisme. Dans la chanson Kery se positionne comme étant Demba, bien déterminé à tuer un homme pour régler une histoire initiée par son petit frère tout en gardant le respect et la légitimité. On en apprend plus sur le scénario car il semblerait que Noukoumé, le plus petit, se trouvant à la croisée des chemins entre ses deux frères, aurait suivi celui de Demba en s’embarquant dans une histoire louche « J’sais qu’mon petit frère a déconné […] J’m’en veux à mort, j’dois veiller sur le petit […] Si une mère doit pleurer alors ce sera la sienne (…) ». Lacrim qui se positionne comme son ami, essaie de le raisonner et lui répond alors que s’ils démarrent ce combat il leur faudra aller jusqu’au bout et ce qui les attend est terrible « Après ça l’ange de la mort va nous pousser en enfer […] La cavale, le placard, les parloirs (…) ».

Cela fait écho avec la chanson l’Impasse de Kery et Béné dans laquelle le doyen explique à Béné tout ce qui l’attend s’il s’engage sur la voix du grand banditisme et les choses sales qu’il va devoir faire pour finir par sortir de prison 10 ans plus tard, seul, sans autre moyen que de tremper de nouveau dans des affaires louches et prendre encore plus d’années de prison. On peut noter le clin d’œil de Lacrim dans les lyrics lorsqu’il dit « Ta mère forcément va pleurer des rivières », les mêmes rivières de larmes que Béné va pleurer face à l’annonce de sa peine « T’effectueras ta peine même si tu pleures des rivières ».

Ces deux rappeurs emblématiques du rap français s’accordent très bien avec leur voix très grave et leur style de rap saccadé et puissant qu’on reconnaitrait entre 1000. Le thème est savamment utilisé par Kery James qui marque encore une fois sa touche de rappeur conscient. Il donne un retour d’expérience aux plus jeunes pour leur montrer qu’une autre voie est possible, celle de l’acharnement, de la lutte au niveau scolaire, professionnel pour réussir et rendre fier ses proches. Il ne cesse de prôner le réel dans ses chansons et reste dans sa ligne de conduite en choisissant Lacrim pour interpréter avec lui le morceau, car les thèmes abordés par celui-ci sont des thèmes vécus. En effet, Lacrim a trempé dans des histoires de braquages, de détention et transports d’armes ; il a fait de multiples allers-retours en prison mais s’est rangé pour le rap. Dès l’intro on sent l’empreinte du réel « Ce dialogue est une représentation fictive de la réalité violente qui gangrène nos quartiers ». On attend le 12 octobre pour voir si le film a réussi son pari, celui d’être également une représentation fictive d’une réalité violente, mais on n’en doute pas vraiment …