AccueilClipsKery James - JACMEL

Kery James – JACMEL

« Et la rue a fait de moi le mélancolique », disait Kery James. Depuis ses débuts à la fin des années 90 avec Ideal J, sur des morceaux comme Hardcore ou L’amour — qui seraient sans doute censurés aujourd’hui — Kery James a beaucoup évolué.

En 2002, tel un Nas français, il s’interroge sur son passé dans le gangstérisme avec Et si c’était à refaire. Au-delà d’une conversion au rap conscient, c’est aussi un retour vers ses racines africaines : le rappeur réalise notamment un featuring avec Salif Keita et utilise des instruments traditionnels dans ses morceaux. Cela lui vaudra d’ailleurs les remontrances amicales de Youssoupha qui, dans un faux morceau rap, le chambrera : « Retourne rapper sur tes xylophones ».

Depuis, le « poète noir », qui possède plusieurs classiques du rap français comme L’Impasse ou Constat amer, n’a cessé de se dresser contre les injustices, en faisant de la non-violence et du pacifisme ses seuls chevaux de bataille. Il a défendu la banlieue dans une pièce de théâtre exceptionnelle où il a exercé son verbe tranchant, et il organise également des bourses pour les étudiants défavorisés. Ce n’est pas seulement un artiste, mais un militant pacifiste.

Comme il le dit lui-même dans Lettre à mon public, il ne se considère pas comme un leader : il n’en a ni « la légitimité » ni la volonté. Cependant, il représente une frange de la France que la France refuse de voir.

Le membre éminent de la Mafia K’1 Fry a dévoilé R.A.P (Résistance, Amour et Poésie) il y a une semaine. Il sort également le morceau Jacmel. En référence à ses origines haïtiennes — et à sa mère, souvent évoquée depuis Le Combat continue — l’artiste signe ici son premier titre kompa.

Il est vrai que, déjà dans Et si c’était à refaire, l’artiste avait adouci son discours et sa musique. Mais il n’a jamais cessé d’explorer les parents du hip-hop, puisque ce mouvement né dans le Bronx a toujours eu l’incroyable faculté de se nourrir de tous les genres musicaux, parfois de manière inattendue.

Avec ce titre kompa, Kery rend hommage à ses racines haïtiennes : « Aimer les siens ne veut pas dire détester les autres. » Et alors que, d’Est en Ouest, les discours de tolérance sont traités avec autant de mépris que ne l’étaient jadis les discours ouvertement racistes, et qu’une « révolution de droite » parcourt l’Occident, le pacifisme et l’ouverture d’esprit de Kery James, ainsi que son parcours, peuvent inspirer.

Kery James rend hommage à ses racines haïtiennes avec Jacmel !

La composition instrumentale est signée Sokhan. S’il collabore souvent avec Hiro, le chanteur, il a déjà produit plusieurs titres pour Kery James comme Le Poète noir ou Marianne. Comme annoncé par Kery dans la description YouTube, le morceau est un kompa, un clin d’œil direct à ses origines.

Cependant, l’artiste rappe encore dans ce titre, malgré une rythmique plus dansante qu’à l’accoutumée. Il y raconte son parcours, qui pourrait en inspirer plus d’un :

« Maman est belle
Couleur ébène
Elle vient d’la vallée de Jacques Me’
Elle a surmonté tant d’peines
J’étais con, j’étais jeune
J’voulais d’l’argent et un gun
Les flics ont défoncé sa porte
Elle n’en a pas perdu sa force
Aujourd’hui, j’me suis assagi
Son cœur s’est attendri
J’l’emmène en Afrique ou en Asie
Son sourire, une poésie »

Dans le visuel signé Ousmane Fall — et même si Leyla Sy, sa collaboratrice de toujours, n’est jamais loin — Kery retourne au pays, accompagné de sa mère qui apparaît à l’écran. C’est avec beaucoup de poésie que le rappeur rend cet hommage.

Si l’artiste a annoncé sa fin de carrière à plusieurs reprises, et s’il a souvent donné des avis tranchés sur le rap actuel, il réaffirme dans la description YouTube son respect pour les jeunes artistes : « Je n’ai que de la bienveillance pour mes petits frères de la nouvelle génération de rappeurs, à qui je souhaite le meilleur. »

Avec toutes les souffrances du peuple haïtien, il est possible que Kery James ait choisi ce pays dont il est originaire pour porter son nouveau projet, car il représente mieux que n’importe quel autre son état d’esprit :

« Pensées aux Haïtiens du monde entier qui espèrent, comme moi, que Haïti, qui porte en elle le R de Résistance, le A de l’Amour, de l’indépendance, et le P de Politique, marche enfin vers la Réconciliation nationale, l’Apaisement et la Prospérité. Mais être indépendante depuis 1804, pour Haïti, a un prix… un prix qu’elle continue à payer cher. »

Ousmane Fall avait également réalisé le visuel de Dosseh À chaque jour.

ZeZ XXI
ZeZ XXI
@zez_xxi
Articles similaires

TOP 5