Achats de vues et streams : 90 % des chiffres seraient faussés ! [Dossier]

par ZeZ XXI

La plu­part des rap­peurs indé­pen­dants sont dans la confi­dence. Plu­sieurs socié­tés d’a­chat de vues, likes et com­men­taires sur You­Tube et d’a­chat de streams ont ouvert leurs portes depuis quelques temps. Depuis plu­sieurs mois ces socié­tés pul­lulent à tel point que l’a­chat de streams et de vues est à la por­tée de n’im­porte quel artiste et donc de n’im­porte quelle mai­son de disque. Rapun­chline a ren­con­tré le direc­teur de l’une de ces socié­tés. Sous cou­vert d’a­no­ny­mat « le Boos­ter » en ques­tion s’est confié sur ses méthodes et son savoir-faire. Retour sur la face sombre du rap français. 

Maître Gims dénonce les « tricheurs » !

C’est la folie des chiffres dans le Rap Jeu. Les rap­peurs signés en Major, ceux qui évo­luent tou­jours en indé­pen­dant, et même les plus auto-dépen­dants se battent tous pour une seule et même cause : faire des vues ! Si les condi­tions d’u­ti­li­sa­tion de Face­book et You­Tube ont res­treint la por­tée des vidéos que les rap­peurs postent régu­liè­re­ment, il y a désor­mais un autre moyen de par­ve­nir à ses fins.
Aux dires de deux rap­peurs par­mi les plus talen­tueux et les plus « ban­kable », les achats de vues sont mon­naie cou­rante dans le Rap et peut être même dans la musique en général :

  • Ulcéré, Maître Gims a laissé un message univoque sur Snapchat :

« Appa­rem­ment il y a des artistes qui trichent sur les ventes d’albums et de singles sur les pla­te­formes de strea­ming. Je savais pas… Les vilains !”
Je vais pas dor­mir, j’attends que les blazes tombent”


L’af­faire a en tout cas effleu­ré l’un des maîtres d’œuvre du Rap français !

  • Lartiste lance le #YouTubeChallenge :

Lar­tiste a lui aus­si fait part de son indi­gna­tion par rap­port aux artistes qui avaient l’ha­bi­tude de tri­cher. Il a même lan­cé le #You­Tu­be­Chal­lenge. Il pro­pose aux artistes qui font de mil­lions de vues d’af­fi­cher la pro­ve­nance de leurs vues sur You­Tube. Ain­si, si les vues viennent de pays asia­tiques, il serait fort pro­bable que ces artistes achètent des vues.

L’avis du spécialiste

Selon Julien Eagleof qui a enquê­té auprès d’un pro­fes­sion­nel de l’a­chat de vues pour le compte de Rapun­chline : Les « vues You­tube » de cer­tains artistes « recon­nus » seraient fausses à … 90%, un chiffre incroyable, un véri­table plé­bis­cite fan­to­ma­tique. Les chiffres impres­sion­nants plaisent et régissent la des­ti­née des titres en ques­tion, avec entre autres : des play­lists radio obte­nues, des pas­sages sur scène, des pro­po­si­tions de spon­sors… Le bud­get « finan­ce­ment de vues » est direc­te­ment pré­sent dans le bud­get pré­vi­sion­nel de cer­tains clips. À l’heure actuelle, You­tube, via ses sta­tis­tiques, décide sans le vou­loir de quel artiste est consi­dé­ré « bon » ou « mau­vais », une nou­velle mai­son de disque puis­sante car planétaire.

En rai­son de la confu­sion des sources, et de l’ab­sence de sta­tis­tiques offi­cielles en la matière, on ne peut légi­ti­mer cette infor­ma­tion à 100 %. En revanche, la pro­li­fé­ra­tion des socié­tés d’a­chat de vues, et les nom­breux opé­ra­teurs sur le mar­ché, ain­si que leur large recon­nais­sance laisse pré­sa­ger qu’un tel phé­no­mène est au moins lar­ge­ment éten­du, s’il n’est pas com­plè­te­ment généralisé.
Notre spé­cia­liste en ce qui concerne les achats de Streams a éga­le­ment recueilli le témoi­gnage sui­vant auprès du direc­teur d’une des plus grandes socié­tés d’a­chat de streams : « Tout ce qui est infor­ma­tique est modi­fiable et peut mal­heu­reu­se­ment être hacké. En dehors des tech­niques légales pour aider à faire mon­ter les vues, les streams peuvent être gon­flés. Ain­si, les Disques d’Or et de Pla­tine, qui dépendent des streams, sont… ache­tables. Le mar­ché des ventes est véri­ta­ble­ment faus­sé. Evi­dem­ment, des artistes connus obtiennent véri­ta­ble­ment les tro­phées tant convoi­tés mais ils sont très peu. »
Des socié­tés comme Boos­tium agissent en toute léga­li­té pour per­mettre aux artistes de déve­lop­per leur visi­bi­li­té sur Spo­ti­fy. Pour les rap­peurs, l’in­té­rêt prin­ci­pal est de don­ner de la cré­di­bi­li­té à leur musique, et ain­si atti­rer des auditeurs.

La faute à qui ?

Com­ment com­prendre que les artistes ne regardent plus que les vues et en arrivent à de telles extré­mi­tés ? Dans la tête du public et appa­rem­ment de cer­taines mai­sons de disque, il sem­ble­rait que la via­bi­li­té d’un artiste se réduise à son nombre de vues, qui se doit d’être tou­jours plus impres­sion­nant. C’est la rai­son pour laquelle on se retrouve aujourd’­hui face à des chiffres qui frisent l’invraisemblable !

 
Mais qu’en est-il des médias ? Les disques d’or et de pla­tines sont aujourd’­hui le cœur de l’ac­tua­li­té et les médias font la météo des vues et des streams comme si la qua­li­té d’un artiste dépen­dait uni­que­ment de ses chiffres de ventes. Cela dit, si les médias en parlent conti­nuel­le­ment c’est cer­tai­ne­ment que le public s’y inté­resse for­te­ment, et à rai­son. On aime­rait tous pou­voir quan­ti­fier la qua­li­té d’un artiste, pou­voir clas­ser les dif­fé­rents talents sur une échelle objec­tive. Mais est-ce vrai­ment pos­sible ou non ? Peut-être en par­tie, mais dès lors que les chiffres sont faus­sés, le flou devient total. D’au­tant que les ventes ne consti­tuent pas la part essen­tielle des reve­nus de beau­coup d’ar­tistes, de nom­breux para­mètres tels que l’af­fluence en concert ou le suc­cès du mer­chan­di­sing (marques de vête­ments etc…) sont très révélateurs.

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