Les femmes dans le rap français : 10 rappeuses qui ont marqué les 25 dernières années !

par ZeZ XXI

Le Rap : un milieu de voyous miso­gynes ? Les cli­chés ont la vie dure. De tous temps, les femmes ont contri­bué à la construc­tion de l’i­ma­gi­naire et de l’his­toire du Rap. Can­ton­nées à un rôle de cho­ristes lors des pre­miers souffles du Rap fran­çais, elles ont fini par arri­ver sur le devant de la scène puis elles ont impo­sé leur fémi­ni­té. Plus besoin d’être un gar­çon man­qué pour faire du Rap, pas non plus la peine de jouer la veuve épleu­rée, les femmes dans le Rap sont les meilleures repré­sen­ta­tions du féminisme.

Les débuts : Les Choristes


Bien sûr on ne parle pas des cho­ristes de Bru­no Cou­lais, vous savez ce film où un chauve qui jouait dans « Les Bron­zés » s’a­muse à faire chan­ter des têtes blondes un peu tur­bu­lentes. Pas sûr que la méthode marche avec nos têtes brunes du 93… Jus­te­ment, on parle d’une époque où les pari­siens emme­nés par NTM et les mar­seillais emme­nés par IAM jouaient aux pion­niers du Rap fran­çais. Il y avait le NAP de Abd’Al Malik bien sûr, ATK et plus tard sont arri­vés Boo­ba et Ali. A cette époque, l’au­to­tune n’é­tait pas encore la norme en termes de Rap. Donc avec leurs grosses voix d’é­cor­chés vifs, les rap­peurs avaient énor­mé­ment de mal à gérer les refrains. Ils uti­li­saient donc des cho­ristes femmes ou … des chan­teurs de R’n’B. L’une des odes les plus célèbres et les plus mains­tream de cette époque est le petit son de Mys­tik « Le Fruit défen­du » en fea­tu­ring avec K‑Reen. 


Dans un autre titre datant des années 90′ qui est pour­tant un ban­ger abso­lu du Rap fran­çais, le refrain est assu­ré par une cho­riste, mais le titre offi­ciel n’y fait même pas réfé­rence. Honte abso­lue ! Ce titre c’est bien sûr « Bad Boys de Mar­seille » d’Akhe­na­ton avec sa clique d’Iam et les petits jeunes de la Fon­ky Fami­ly. Le clip est lui aus­si une réus­site absolue.

Vrai­sem­bla­ble­ment, il fau­dra attendre la fin des années 90 pour voir le Rap fémi­nin sor­tir de l’é­cueil de « l’ac­com­pa­gne­ment » et du bon fea­tu­ring. Le rôle de pion­nière du Rap fran­çais revient à Lady Las­tee qui avec son album « Black Mama » va faire énor­mé­ment pour le Rap fran­çais. Son opus sort en 1999. Le titre « Et Si…  » que la Black Mama a dédié à son frère dis­pa­ru est un véri­table ban­ger qui fera le tour des radios et des télés.

Lady Las­tee assume com­plè­te­ment sa part de fémi­ni­té mais ne joue pas de ses charmes.. Elle ne verse pas dans la vul­ga­ri­té comme une Nicki Minaj. Et elle est très appli­quée au niveau du flow et des textes. Elle n’a­vait rien à envier aux autres rap­peurs. Cepen­dant, il n’y a aucune dif­fé­rence entre le Rap fémi­nin et le Rap mas­cu­lin. Fina­le­ment, ce rap s’a­dresse autant aux hommes que le Rap masculin.
Si le public Rap des années 90′ était can­ton­né à une cer­taine cible. Les années 00′ sont celles de la démo­cra­ti­sa­tion et de l’ou­ver­ture. Le public du Rap se diver­si­fie et les femmes font véri­ta­ble­ment leur arri­vée dans le Rap. C’est Diam’s qui se qua­li­fie elle même de « grand mère du rap fran­çais » dans son der­nier titre « Et si c’é­tait le der­nier » extrait de son der­nier album SOS qui va faire énor­mé­ment pour le Rap fémi­nin. Beau­coup de femmes y trou­ve­ront leurs aspirations.

Diam’s : La montée en force des femmes


Diam’s n’est pas née d’hier. Déjà dans les années 90, la jeune femme un peu gar­çon man­qué avait lâché quelques titres et s’é­tait faite remar­quée par les insi­ders du Rap. Mais c’est vrai­ment le titre « DJ » extrait du bien nom­mé « Brut de femme » qui consti­tue l’acte de nais­sance de Diam’s. Le titre DJ dépasse le mil­lion de ventes à une époque où le strea­ming et les tri­cheurs n’a­vaient pas encore fait mon­ter les enchères.Malgré son style un peu gar­çon man­qué assu­mé, les mor­ceaux de Diam’s s’a­dressent avant tout un public fémi­nin. Le titre « DJ » est à ce titre assez révé­la­teur. Diam’s cepen­dant repré­sente beau­coup plus « qu’une femme rappeuse »

« Je suis pas une blonde pla­tine ni une bombe latine »

Avec Diam’s tout d’a­bord c’est la pre­mière fois en France que le Rap s’a­dresse aux femmes. D’autre part, la rap­peuse est anti-confor­miste. Elle n’est pas là pour exhi­ber ses formes volup­tueuses comme la plu­part des rap­peuses US. Ses textes sont tran­chants et viru­lents. Et c’est n’est pas parce que c’est un gar­çon man­qué qu’elle rejette sa fémi­ni­té. C’est tout une jeu­nesse fémi­nine des quar­tiers qui se recon­naît dans cette petite boule de nerf très enga­gée pour la cause fémi­nine et contre le Front Natio­nal. Diam’s a véri­ta­ble­ment ouvert la voie à des nom­breuses artistes.


La rap­peuse aura cepen­dant énor­mé­ment de mal à gérer la célé­bri­té. Elle s’en prend à des papa­raz­zi, ne veut pas trop en dévoi­ler sur sa vie pri­vée. Aujourd’­hui elle a quit­té le monde de la musique, s’est mariée, et s’est conver­tie à l’Is­lam. Tou­jours aus­si enga­gée, elle est auteure. Peut être que Diam’s était un peu trop « Brut de Femme » pour le Rap. Sa car­rière reste cepen­dant exceptionnelle.

Dans un style encore plus enga­gé on retrouve Casey. Encore plus crue que Diam’s dans ses pro­pos, la rap­peuse fait preuve d’un flegme excep­tion­nel de ces débuts à aujourd’­hui. Der­niè­re­ment, elle a par­ti­ci­pé au col­lec­tif Aso­cial Club avec ses potos Raff et confères. Ils ont sor­ti un album épo­nyme extra­or­di­naire qui n’a peut être pas été disque de pla­tine, mais qui a connu un véri­table suc­cès d’es­time, salué par toute la cri­tique y com­pris par les Inro­ckup­tibles. Le cou­plet de Casey sur le titre « Anti­club­bing » est à ce titre une bonne illus­tra­tion. Elle manie l’hu­mour, la rime, et le verbe avec une pré­ci­sion de chirurgien.

Ils m’ont sor­ti une bois­son / Les ton­tons au bled t’au­raient déjà crucifié

Casey a été de tous les com­bats. Il n’est pas éton­nant de la retrou­ver sur le docu­men­taire qui a sui­vi le pro­cès de l’af­faire Zyed et Bou­na. Elle inter­vient fré­quem­ment dans la vie de la cité. Casey cepen­dant n’é­crit pas de textes pour les femmes. C’est une rap­peuse que tous les hommes peuvent écou­ter sans rou­gir et comme Diam’s elle ne met pas l’ac­cent sur sa fémi­ni­té mais sur son talent. Un dia­mant pur.


Les années 1990/2000 ont aus­si vu l’é­mer­gence de Prin­cess Aniès, dans un pro­fil assez poly­va­lent simi­laire à celui de Diams elle fut un pré­cur­seur impor­tant pour le rap fémi­nin. Membre du groupe Les Spé­cia­listes elle était déjà consi­dé­rée comme l’une des meilleures rap­peuses de son époque avant même d’a­voir sor­ti un seul pro­jet solo. C’est éga­le­ment la pre­mière rap­peuse à avoir ani­mé une émis­sion de radio Géné­ra­tions 2000. Son pre­mier album « Conte de faits » sera la meilleure vente en indé­pen­dance de l’an­née 2002, on y retrouve Oxmo Puc­ci­no sur « Le par­cours d’une larme » mais aus­si un titre qui aborde un thème dans lequel s’est recon­nu une rap­peuse plus contem­po­raine dont nous allons par­ler un peu plus tard : « Si j’é­tais un homme ».

Liza Monet : La tentative US

Liza Monet n’est pas une artiste majeure dans le Game fémi­nin dans la mesure où elle n’a pas pour l’ins­tant réus­si à s’im­po­ser défi­ni­ti­ve­ment. Son cas cepen­dant mérite d’être obser­vé. Car Liza Monet a ten­té de débar­quer dans le Rap comme une forme de Nicki Minaj à la fran­çaise. Met­tant en avant ses formes volup­tueuses, sou­vent dénu­dée, avec des textes ultra crus, l’an­cienne actrice de X a essayé d’a­mé­ri­ca­ni­ser le style des femmes rappeuses.


Son côté « Bad bitch » assu­mé n’a pas pour l’ins­tant convain­cu le grand public en France pour plu­sieurs rai­sons mais elle fait quand même des cen­taines de mil­liers de vues. Mais c’est une bonne ten­ta­tive de la part de cette rap­peuse si sub­ver­sive. Jouer de ses formes et de son sex appeal c’est aus­si une forme de féminisme.

Sianna : Le renouveau Rap français

Bien avant de lan­cer Remy, Mac Tyer avait repé­ré une cer­taine Sian­na. La jeune rap­peuse a par ailleurs fea­té avec son men­tor sur le titre « Appel Man­qué » extrait de son EP épo­nyme. Sian­na c’est l’an­ti Liza Monet, elle ne joue pas du tout de ces formes, ni de son sex appeal, c’est déjà une grande lyri­cist. Dans un milieu cen­sé appar­te­nir à la gente mas­cu­line, elle arrive en kickeuse et non pas en veuve épleurée.


La jeune rap­peuse qui a sor­ti son album « Dia­mant Noir » est peut être le meilleur espoir du Rap fémi­nin en terme de talent pur. Elle pré­pare actuel­le­ment un nou­veau pro­jet dont est extrait le titre « Néga­tif » qu’elle vient de dévoi­ler. Sian­na joue effec­ti­ve­ment de son talent pour réus­sir. Elle ne joue pas la femme, elle est une.

Shay : Le fond et la forme ?

Le 92i de Boo­ba se devait d’a­voir une repré­sen­tante fémi­nine. Et c’est bien dans le crew de B2O que Shay a com­men­cé. La rap­peuse ultra hard­core qui avait fea­té avec son men­tor a lais­sé ses habits de « Cruel­la » pour deve­nir la bombe du Rap fémi­nin. Avec un tout nou­vel album un peu rose en signe de renais­sance dans le Rap Game, Shay allie Sex Appeal, imper­ti­nence, pro­vo­ca­tion, textes crus mais réflé­chis et un grand sens de la mise en scène. Son album « Jolie Garce » bien nom­mé est peut être la meilleure repré­sen­ta­tion de l’i­mage de la femme dans le Rap d’aujourd’hui.


Shay est magni­fique mais pas seule­ment. Son pas­sé de rap­peuse pure et dure joue éga­le­ment un grand rôle dans sa construc­tion lyri­cale. Ce qui carac­té­rise Shay qui a fait le tour des jour­naux fémi­nins au moment de la sor­tie de son album c’est l’i­ma­ge­rie qui l’ac­com­pagne. Dans ces clips, Shay est une sorte « de déesse inac­ces­sible ». Aus­si douée qu’un SCH pour se mettre en scène, Shay a de « jolis » jours devant elle.

Les nouvelles bombes !!

Dif­fi­cile de par­ler de toutes les femmes qui sont dans le Game. La désor­mais très célèbre Mar­wa Loud qu’on com­pare à Jul par exemple a fait une entrée toni­truante dans le Rap Game explo­sant le comp­teur sur You­Tube à cha­cune de ses sor­ties et fai­sant qua­si­ment l’u­na­ni­mi­té chez les anciens. Evo­luant dans un style très ambian­cant, Mar­wa se rap­proche de Lar­tiste au niveau du style, et contrai­re­ment à ce qu’on ima­gine elle n’a pas un public uni­que­ment féminin.


Impos­sible de par­ler des nou­velles bombes du Rap Game fémi­nin sans pen­ser à Chil­la signée chez Uni­ver­sal Music. Tout ce qui dou­tait de sa capa­ci­té à rap­per mieux qu’un mec devrait regar­der son free­style dans le cercle. La jeune rap­peuse arrive elle aus­si à allier sa fémi­ni­té avec un verbe ultra tran­chant. La pro­vo­ca­tion fait par­tie de son ADN. Des lyrics puis­sants pour cette artiste qui fait sor­tir le Rap des cli­chés dans les­quels il s’est enfer­mé. Son album « Kar­ma » est une véri­table réus­site tant du point du vue de l’ar­tis­tique que du com­mer­cial. Son titre #Balan­ce­ton­porc est puissant.

Si les anciennes rap­peuses jouaient les veuves épleu­rées ou les gar­çons man­quées, les rap­peuses d’au­jourd’­hui comme Chil­la ou Shay montrent qu’on peut faire du Rap en étant une femme sans pour autant faire d’é­normes conces­sions avec soi même. Le Rap est moins miso­gyne qu’on le pense.

À la une