[INTERVIEW] – Maska, l’EP de la maturité !

par ZeZ XXI

Lorsque Mas­ka com­mence ses ses­sions de free­styles avec la Sexion d’As­saut dans le Nord de Paris devant un Day­mo­li­tion nais­sant, l’en­goue­ment autour du groupe annonce déjà « L’A­po­gée » arri­vée quelques années plus tard avec un disque de dia­mant. Aujourd’­hui tout le monde attend « Le Retour des Rois ».

Quelque part, la Sexion a réus­si à faire en France ce que le R’n’B n’a jamais pu réa­li­ser. Réunir tous les publics autour d’un Rap plus doux et plus consen­suel. La Sexion d’As­saut est à l’o­ri­gine de la Pop Urbaine. Au sein de ce col­lec­tif, Mas­ka est le « vrai » rap­peur, l’ar­tiste qui a une image un peu « sombre ». Deux ans ont pas­sé depuis la sor­tie de son der­nier pro­jet en solo « Pré­li­mi­naires Vol 2″, pour­quoi a‑t-il autant atten­du pour refaire sur­face dans un rap en pleine ébullition ?

La réponse appor­tée par Mas­ka est celle d’un homme éclai­ré, sin­cère, qui refuse de jouer un rôle même devant les médias : « Pour trou­ver son iden­ti­té artis­tique quand on sort d’un groupe ce n’est pas for­cé­ment évident. Moi je m’é­tais for­cé à res­ter dans un cadre dans Sexion D’As­saut pour être faci­le­ment iden­ti­fiable comme le mec qui va écrire sur des prods un peu sombres. » Oui, il lui a fal­lu 2 ans pour se for­ger une véri­table iden­ti­té artis­tique. Car l’EP « Étoile de Jour », dont la sor­tie est pré­vue pour le 12 février, est peut être le pro­jet de Mas­ka qui lui res­semble le plus. C’est le pre­mier opus pour lequel le rap­peur sent « un vrai accom­plis­se­ment per­son­nel et artis­tique ». Et dans son entou­rage on le res­sent : « Ce ne sont pas des gens qui sont là pour me séduire » et là « ils com­prennent la direc­tion artis­tique de mon pro­jet et la valident fort ».

S’est-il pour autant débar­ras­sé de l’i­mage du rap­peur de la Sexion d’As­saut ? Selon le prin­ci­pal inté­res­sé, même s’il s’est désor­mais accom­pli, c’est une éti­quette qu’il por­te­ra « toute sa vie » mar­qué au fer blanc par l’un des plus gros suc­cès que l’his­toire du rap ait connu. Pour le reste même si le pro­jet reflète les nou­velles influences de Mas­ka, il consi­dère « le Rap » comme « un style de chant ». Dans des concepts ori­gi­naux « Mask-Cam » qui pré­cèdent la sor­tie de l’o­pus, il rend hom­mage en un sens à son pedi­gree artis­tique dans des free­styles antho­lo­giques : « Cette éti­quette, j’es­saie de m’en déta­cher mais je ne la renie pas car elle fait par­tie de mon iden­ti­té ».

Oui il a peut être trou­vé sa direc­tion artis­tique. Car dans tout l’EP, à tra­vers le verbe tran­chant d’un lyri­cist qui écrit les paroles de beau­coup de monde, on trouve éga­le­ment beau­coup de sen­si­bi­li­té. Selon, cette écri­ture alliée à la mélo­die de Nino Vel­la lui per­met d’ex­pri­mer toute sa sen­si­bi­li­té. D’ailleurs, c’est « la même sen­si­bi­li­té » qui s’ex­pri­mait lors­qu’il déchaî­nait son flow à sa jeunesse.

Nino Vel­la c’est l’homme de la mélo­die. Le beat­ma­ker a com­po­sé tous les titres de l’EP du rap­peur. Selon Mas­ka, c’est cette ren­contre qui a fini par débou­cher sur « sa matu­ri­té artis­tique ». Avant Nino Vel­la, Mas­ka avait réa­li­sé une cin­quan­taine de titres. Il était satis­fait mais ne s’é­tait pas encore trou­vé. Le beat­ma­ker, et le rap­peur entre­tiennent une rela­tion d’é­coute et de par­tage. Il y a une vraie sym­biose entre eux.

A contre cou­rant total du rap pur et dur, Mas­ka ne joue pas au Thug sur « Étoile de Jour ». Il y a très peu d’é­go­trip, juste des pun­chlines effi­caces et quelques fois cruelles de véri­té. Le rap­peur explique « que la musique est beau­coup plus forte quand on est vrai­ment authen­tique » et sur­tout que « le men­songe est tou­jours super­fi­cielle ». Il finit par avouer que « racon­ter ma vie d’il y a 15 au quar­tier » ça ne l’in­té­resse pas. Oui la musique est aus­si le reflet d’un artiste, et donc d’une exis­tence et d’une condi­tion. Et l’ar­tiste évo­lue au fil du temps.

Dans le pre­mier extrait de « Étoile de Jour », le clip « Voie Lac­tée » en fea­tu­ring avec l’é­ter­nel Lefa avec lequel le rap­peur a déjà col­la­bo­ré sur « Bang Bang », et Lord Espe­ran­za, le rap­peur dis­sèque la condi­tion d’un artiste. Les trois hommes com­parent l’ar­tiste à un astre tel­le­ment entou­ré mais en même temps tel­le­ment seul. C’est quoi le pire et le meilleur de la vie d’artiste ?

Pour Mas­ka, il ne remer­cie jamais assez la Pro­vi­dence pour avoir fait de lui un musi­cien. Le métier d’ar­tiste est « le plus beau du monde métier » selon le prin­ci­pal inté­res­sé. Et le pire dans tout ça c’est la per­di­tion. Selon ses pro­pos, quelques fois l’ar­tiste est per­du entre l’i­mage qu’il ren­voie notam­ment sur les réseaux sociaux et sa véri­table iden­ti­té : « Tu passes ton temps à essayer de plaire à des gens que tu ne connais pas ! »

Comme beau­coup d’ar­tistes l’ont crié quelques fois en mor­ceaux, la musique t’é­loigne des gens que t’aimes. Jus­te­ment tous ces clashs, ces affron­te­ments, ces inci­dents qui jalonnent l’his­toire du rap et ‚qui, quelques fois ont des consé­quences désas­treuses ne résultent-ils pas d’une confu­sion de l’i­den­ti­té de l’ar­tiste avec son rôle de rappeur ?

Mais fina­le­ment après cette car­rière, du Nord de Paris jus­qu’à ses plus grosses réus­sites, qu’est ce qui est le plus dif­fi­cile : la Rue ou la Vie d’Ar­tiste ? « La vie de voyou c’est pas à faire ». Mais avec « La Sexion on a connu la rue mais on s’est éloi­gné de la vie de voyou assez rapi­de­ment ». Oui « La vie de voyou c’est un idéal pour per­sonne, sauf ceux qui ne la connaissent pas et fan­tasment des­sus ».

L’EP de Mas­ka est truf­fé de fea­tu­ring avec Lefa, Lord Espe­ran­za, ou encore Spri Noir et TayC. Concer­nant TayC les deux hommes sont « dans des uni­vers artis­tiques très dif­fé­rents ». Et Mas­ka a ado­ré le rame­ner sur son ter­rain. C’est un échange, et un véri­table exer­cice de style. Ils ont réa­li­sé le titre « Jamai­mer » ensemble. Un titre fort qui donne une vision affran­chie de tous sté­réo­types d’une rela­tion amou­reuse. Dans le titre, il évoque aus­si la rela­tion avec son père et l’a­mi­tié. C’est un titre sur les liens entre les humains. Pour S.pri Noir, il aime par­ti­cu­liè­re­ment sa recherche fré­né­tique « du fond et de la forme », comme Mas­ka il a le verbe et le sens de la mélodie.

Retour sur le titre « S’ai­mer seul » avec S.Pri Noir, c’est l’un des troncs de l’al­bum. Le rap­peur débite des véri­tés, des pun­chlines quelques fois très cruelles sur l’a­mour le tout sur quelques notes pré­sen­tées comme une comp­tine par Nino Vel­la. Le contraste digne d’un clar obs­cu­ro de peintre espa­gnole de la Renais­sance est saisissant.

Il explique que le titre est le fruit d’une longue réflexion avec son com­po­si­teur. Dans ce mor­ceau, il ne vou­lait pas être dans le res­sen­ti­ment et la haine. Le titre com­po­sé par Nino Vel­la est cali­bré sur cet esprit qu’a vou­lu impo­sé le rap­peur. Comme dans tout son album, il y a une adé­qua­tion par­faite entre le fond et la forme.

« C’est beau­coup plus dur de faire des chan­sons pro­fondes posi­tives que des chan­sons pro­fondes néga­tives, on a tou­jours beau­coup plus de choses à dire dans le côté un peu plus sombre ». Oui le rap­peur consacre trois chan­sons à l’a­mour. Des titres posi­tifs mais à la fois très dur. De par son expé­rience per­son­nelle, le rap­peur a « une vision alté­rée de l’a­mour » cepen­dant il croit en l’a­mour. Selon lui, beau­coup de pro­blèmes dans le monde sont dus à « un manque d’a­mour ». Le rap­peur ne plonge pas dans la facilité.

Avec ses trois titres « Jamaimer », « S’ai­mer Seul », et « Toutes Les », il donne une vision de l’a­mour lucide mais géné­reuse. Pour­quoi le rap­peur ne s’est pas conten­té de faire une décla­ra­tion d’a­mour sur un beat lati­no ? Parce qu’il déteste traî­ner dans sa zone de confort. L’un de ses amis d’en­fance le lui a dit « c’est un lea­der pas­sif ». Il n’a pas peur de sor­tir des sen­tiers bat­tus. Il n’a pas peur « d’al­ler là où on ne l’at­tend pas ».

Et selon lui, il faut du cou­rage pour défendre « sa bien­veillance et sa gen­tillesse » dans le rap. Aujourd’­hui Mas­ka assume sa sen­si­bi­li­té. Il a tou­jours été sen­sible. Plus jeune, il l’expri­mait sans doute mal ».

Le fea­tu­ring de ses rêves ? La ques­tion la plus tra­di­tion­nelle qu’on pose à tous les artistes en Inter­view… Mas­ka tou­jours ori­gi­nal ne fait pas dans la faci­li­té. Ce ne sera ni Tupac ni Noto­rious BIG, l’ar­tiste rêve de faire un fea­tu­ring avec le cana­dien Roy Woods signé sur le label de Drake. Oui il a une véri­table iden­ti­té artis­tique comme Mas­ka.

Mas­ka a pris beau­coup d’en­ver­gure depuis ses débuts. Dans le refrain du titre « Sans Fin », il s’ex­clame : « La police ne nous embête plus mais je peux tou­jours pas les kif­fer ». Il a écrit ce titre il y a plus d« un an et demi. Dans « Étoile De Jour » deuxième du nom (eh oui), dans le mor­ceau « J’at­tends l’é­té », Mas­ka revient sur le sujet des vio­lences poli­cières. Son prin­ci­pal argu­ment est que « Les vio­lences poli­cières ont tou­jours exis­té », et les « quar­tiers en ont tou­jours eu connais­sance », donc selon lui « La France découvre les vio­lences poli­cières » avec le mou­ve­ment #Bla­ck­Li­ves­Mat­ter.

A la fin de l’in­ter­view, on le titille sur « Le Retour des Rois », pour la pre­mière fois depuis le début il pra­tique une langue de bois digne d’un politique.

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