jeudi 28 octobre 2021

[Interview] The S :  » Je connais plus de gens qui ont réussi dans la musique que de gens qui ont réussi dans la rue ! »

The S officiait dans le XV Barbar. Avec leurs potes du PSO Thug, le XV Barbar représentait la jeune scène parisienne. Les rappeurs étaient originaires du 17 ème arrondissement de Paris. Puis les membres des deux groupes se sont lancés peu à peu dans des carrières solos. Lorsqu’on demande à The S si l’aventure au XV Barbar est terminée, il répond instinctivement : « le groupe est toujours aussi uni qu’au début et personne n’a dit que c’était fini, il y aura sûrement d’autres projets Xvbarbar dans les mois voire dans les années à venir.« . Dernièrement le PSO Thug s’est aussi reformé. The S vient de dévoiler son nouveau projet « Square Bleu« , un projet très éclectique qui balaie l’ensemble du spectre urbain.

Dans le titre « Ça pue la Rue« , le rappeur réalise un featuring avec Leto du PSO Thug sur une production instrumentale de Akuma, de quoi faire revivre ce style qui est né dans le Nord de Paris : « Le feat avec Leto c’est fait naturellement, comme on a l’habitude de faire depuis toujours : dans une folie totale ! Franchement, avant même de faire notre morceau, je savais déjà que ça allait être un banger ! C’est la recette du 17 ! ».

Si la plupart des rappeurs adorent dédicacer Pablo Escobar ou Scarface, l’ancien membre du XV Barbar a choisi de faire un morceau sur Lucky Luciano. Le mafieux un peu méconnu en France est celui qu’on appelle « Le Parrain des Parrains« , pourquoi une référence aussi « underground » : « Comme tout le monde j’ai toujours aimé les films de mafia. Mais aussi le reportage parce qu’on voit des choses réelles, je pense que c’est de là d’où j’ai connu Lucky Luciano et comme l’instru sonnait un peu « mafia italienne » j’ai choisi cette référence . »

Aujourd’hui les rappeurs n’ont plus peur de visiter d’autres genres musicaux. Mais est-ce qu’on est vraiment obligé d’être polyvalent aujourd’hui pour être un artiste de musique urbaine : « Non pour moi un artiste ne doit pas forcément savoir faire de tous les styles mais pour mon cas vu que c’est mon premier projet j’ai voulu tester plusieurs terrains différents, je me sens à l’aise donc j’essaye, je réfléchis pas quand je suis en studio quand j’aime je fais ! ». Son projet balaie effectivement tout le spectre de la musique urbaine.

De plus en plus de rappeurs se lancent dans la chanson urbaine, un style proche de la chanson française. Pour The S on voit des différences là où il n’y en a pas : « Je le pense pas, c’est un fait ! Aujourd’hui on consomme beaucoup plus de musique urbaine que de chanson française, justement pour moi la musique urbaine fait partie de la chanson française je ne vois pas pourquoi on différencie la musique urbaine de la chanson française on reste malgré ça des rappeurs français ! Il serait temps d’appeler un rappeur à l’Eurovision par exemple. ». Oui ils auront sans doute plus de réussites que les derniers candidats français à l’eurovision qui ont connu une certaine débâcle.

Les rappeurs adorent raconter leur vécu au quartier. Mais aujourd’hui alors qu’il est en pleine réussite, qu’il a plus ou moins quitté le quartier. The S peut nous répondre sur une question qui nous taraude. Réussir dans la rue ou dans la musique, pour lui qu’est ce qui est le plus dur ? Le rappeur est catégorique :

Pour moi ça dépend chacun a son parcours certains vont trouver que le rap c’est facile ils vont réussir sans faire trop d’effort mais trouver que la rue c’est dure, et d’autres tu peux les mettre 10 ans sur une instru il sauront pas être dans les temps mais dans la rue ils s’en sortent assez facilement. 

Faut dire que pas beaucoup de gens réussissent dans la rue ! Je connais plus de gens qui ont réussi dans la musique que de gens qui ont réussi dans la rue ! On est pas dans une série télé : soit tu te fais péter soit tu crèves ! Sur 30 ans, dans chaque quartier t’en trouvera 2 ou 3 maximum qui sont devenus millionnaires grâce à la rue !

Le « Square Bleu » du S, ce n’est pas seulement un opus complet et hétéroclite. Le rappeur a aussi beaucoup collaboré avec d’autres artistes. C’est un véritable Gang Bang musical surtout le dernier morceau « Old Up« , concept de Posse Cut dans le rap français. Alors son projet c’est « The Place To Be » ? Il répond avec humour : « Parce qu’on rigole mieux à plusieurs  ! Non plus sincèrement parce que c’est ma première mixtape, les feats n’ont pas forcément été calculés ça s’est fait naturellement avec chacun d’entre eux, j’ai kiffé les morceaux donc je trouve normal de partager ça avec le public. ». D’ailleurs, sur sa mixtape on retrouve Bosh, le rappeur a été l’une des plus grosses révélations de l’année dernière. Il a carrément explosé et il a une réputation de gangsta rappeur qui ne fait pas dans la dentelle.

Le S raconte le featuring : – « Bosh c’est quelqu’un que j’ai rencontré sur « Old Up 1 » on est resté en contact depuis, c’est quelqu’un de très vrai donc c’est tout naturellement que je l’ai invité sur mon premier projet. Le jour où on est arrivé en studio, ni moi, ni les beatsmakers, ne lui avons parlé pour lui demander quel sera le style du son : tout le monde savait que ça allait être du sale !!! Les beatsmakers ont commencé à composer sans nous parler et aux premières notes on a pris nos téléphones on a commencé à écrire et le morceau s’est fait. »

Les concepts « Old Up » du S on fait fureur, que pense t-il de ce nouveau esprit de partage qui s’est épris du rap français : « Je trouve ça très lourd les gens se donnent de la force maintenant, ça crée de vrais projets et ça lance beaucoup de rappeurs. Je suis fier d’avoir créé le concept « Old Up » et on n’est pas prêt d’arrêter ! »

Quand on lui demande ses titres préférés, il répond avec beaucoup d’humour : « Ma mixtape Square Bleu« .