dimanche 28 février 2021

[Interview] : On a rencontré AP du 113 !

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AP fait partie des fondations du Rap français. C’est au sein du groupe 113,originaire de Vitry que le rappeur fait ses débuts lorsque le Rap patauge encore dans les caves et les quartiers. Kery James avec Ideal J, Rohff, Rim’k et Mokobé du 113, c’est toute une partie des fondateurs du Rap français qui sont issus du collectif de la Mafia K1 Fry avec AP. Que lui reste t-il de cette époque ? AP se souvient : « L’aventure a commencé fin des années 90. Rim’K et moi on vient du même quartier, Camille Groult, et Mokobe habitait un peu plus loin dans un autre quartier. On s’est rencontré naturellement comme ça, on a commencé à traîner ensemble, à faire les 400 coups (rires). Avant de s’appeler 113 on a eu d’autres noms comme « Nouveau genre », « DSF » (Détenteurs du Savoir-Faire). »

Collectivement le 113 s’impose dès ses débuts avec « Princes de La Ville« . Un véritable « Chronic 2001 » dans lequel les tubes rivalisent entre eux. « Hold Up » avec Intouchable, « Jackpot 2000« , ou encore « Tonton du Bled« , et « Princes de la ville » (le titre), le groupe  de la Mafia K1 Fry a tout juste le temps d’aller chercher sa Victoire de la Musique en 2000. Vue la méfiance qui règne à l’égard de la musique urbaine en général, le précieux sésame est plus difficile à obtenir qu’un Oscar pour un artiste de Rap. Mais le 113 avec un Rim’k actif depuis quelques années et un retour réussi d’AP et de Mokobe, est ce qu’il va se « reformer » et sortir un nouvel album ?  « On sait qu’il y a une grosse attente au niveau du groupe. On espère faire un retour. Enfin tout le monde dit un « retour », mais je ne pense pas que ce sera un retour, ce sera un projet de plus de 113. C’est vrai que ça fait longtemps, le dernier album date de 2010. Donc oui pourquoi pas, on est motivé, après chacun a ses occupations, mais insch’Allah ça va se faire. »

Est qu’une anecdote lui est restée ? Oui peut être : « Il y en a plein. Mais je dirais le premier projet qu’on a fait avec 113 : « Ni barreaux, ni barrières, ni frontières ». Il a été enregistré en 2 semaines, des sessions de nuits. A l’époque on en avait vendu au moins 30/40 000 (il n ‘y avait pas le streaming). Il y avait en un passage radio à Sky du morceau « Truc de fou ». C’était notre premier projet, nous on rappait dans la cave, dehors, dans ma chambre. Donc voir nos têtes sur un CD disponible à la Fnac c’était un grand pas et une grande fierté pour nous. »

AP vient tout juste de sortir son projet « La Laverie Volume 1« . N’y voyez pas une allusion au fameux « The Wash » de Dr Dre il s’agit d’une coïncidence : « Ce n’est pas la première fois qu’on me pose cette question. Écoutez c’est un honneur de me comparer à Dr Dre, ça fait plaisir (rires). Mais pas du tout, le concept est venu lors d’une discussion que j’avais au studio, simplement. « .  Bon son album est ultra actuel porté sur les sonorités d’aujourd’hui mais le rappeur lié à l’ancienne école ne coupera pas à cette question comme il était là dans les années 90′. La différence entre « le rap avant » et le « rap aujourd’hui » ? AP répond : « Beaucoup de personnes parlent du rap d' »avant », de « maintenant », je pense que c’est pareil, faut juste évoluer avec son temps. La musique change. Quand nous on a commencé la musique, à écrire, il y avait des sonorités qui ne sont plus les mêmes en 2021. Que ce soit pour la musique en général, ou pour le rap français en particulier, les choses évoluent. Faut vivre avec son temps. Après l’avantage que les gens qui se lancent dans la musique aujourd’hui ont, c’est qu’ils ont les réseaux sociaux, et je pense que si tu les contrôles bien tu peux monter une communauté et faire de bons scores assez facilement. Avant il fallait faire la démarche d’aller en maisons de disques, de faire écouter don CD (rires). Maintenant tu peux envoyer ta musique partout sur internet, si les gens apprécient ça va se savoir. »

ET AP version 2021, il rappe pas version piano et violon, ou sur des compositions instrumentales complètement Boom Bap. Mais alors c’est voulu c’est migration vers le AP version 2K21 : « Ce n’est pas « Voulu », je me suis essayé. Comme je le disais avant le rap d’aujourd’hui a changé et j’ai voulu tester les sonorités de maintenant tout en gardant mon ADN AP du 113. Peut-être que certains auraient souhaités que je rappe comme dans les années 90 sur de la trappe, mais ça l’aurait pas fait. Ou alors sur 4 mesures, mais sur tout un morceau les gens auraient décroché. »

AP n’a pas fait son album en solo, il déroule une liste impressionnante de featurings  avec The S, Da Uzi, Alonzo et 13 Block notamment. Il a une anecdote à raconter sur Da Uzi : « Le feat avec DA Uzi. Ça s’est fait naturellement parce que le morceau sur lequel il est venu, « Convoi », je l’avais déjà commencé un peu, j’avais commencé à écrire. Quand je lui ai fait écouter le projet, lui il a kiffé directement sur ce morceau-là. Il m’a dit qu’il avait envie de poser dessus. Même pas une heure après, c’était fait. Il a envoyé son couplet comme ça, c’était une belle séance studio. C’est un artiste humble. ».

On lui demande si cette jeune garde talentueuse le prend pour le « papa du rap« , un padre qui comme d’autres a su guider l’art né dans le Bronx, une musique d’abord marginale vers son nouveau statut de musique la plus écoutée en France : « Déjà, l’expression « Papa du rap »… J’ai que deux enfants moi ! (rires). Je ne prétends rien d’autre. Si j’ai invité ces artistes c’est qu’ils ont du talent, c’est tout. Moi je ne cherche pas à faire l’ancien, de toute façon mon cv est partout sur Google, donc si quelqu’un veut savoir mon âge c’est facile. Pour moi c’est simplement une question de respect pour la musique. On ne cherche pas à savoir si t’es bleu, jaune ou vert, quel âge tu as ou comment est ta carrière. On est en studio pour faire de la musique c’est tout. Je serais peut-être amené à faire des morceaux avec des gens plus âgés que moi. D’ailleurs ça s’était fait avec Flavor Flav de Public Enemy. Je ne sais pas si les jeunes connaissent mais c’est la base. En France, la génération d’aujourd’hui est beaucoup sur ce truc « jeunes », « anciens ». Ça ramène de la négativité je trouve, on est simplement là pour la passion. »

Mais AP ce monstre sacré du 113, fondateur parmi les pionniers, qu’est ce qu’il a fait depuis la dissolution du 113?  En réalité selon ses dires, AP était bel et bien dans l’ombre du showbusiness et il ne s’en cachait pas : « Si vous regardez mes réseaux sociaux ces dernières années, vous pouvez voir que j’ai toujours été actif. C’est moi qui ai réalisé tous les albums de Rim’K. On a fait beaucoup de scène, on a été sur le terrain pour défendre les projets. Tout ça, ça demande du temps. J’ai mis ma carrière solo de côté mais on a énormément charbonné. On est dans l’associatif aussi. J’ai monté une association qui s’appelle « La cité du partage » depuis septembre 2020. Ces temps-ci c’est un peu compliqué mais mon équipe et moi, on a pour but de faire changer les choses dans certains quartier sensibles. C’est à dire que y a beaucoup de jeunes livrés à eux-mêmes, qui galèrent en bas dans les quartiers, parce qu’il n’y a pas d’argent dans les poches, ou parce que chez eux c’est compliqué… Et bah on va essayer de les aider, de les ramener sur le droit chemin même si c’est compliqué. Ce sera très axé sur le sport et la musique, on va essayer de détecter des pépites. Quand les concerts seront ré ouverts, on fera des sorties avec les jeunes pour leur montrer aussi les coulisses du rap. Sur des lieux de tournages de clips etc…  Si ça peut les intéresser et/ou leur donner des idées. 2021 on envoie, « La Laverie Vol.1″. »

« La Laverie Vol 1 » donc le projet aura droit à une suite ? Oui il y aura un volume 2, c’est le minimum syndical. Il ne faut pas oublier que ce projet je l’ai fait avec Boubacar, son label c’est Black Lab, ça s’est fait à Aubervilliers. Il y avait aussi mon ingé Maka qui a beaucoup apporté au projet. Il y avait les gens de l’ombre, je ne suis pas tout seul même si c’est moi que l’on me en avant. Grosse dédicace à eux.