Jusqu’à une époque très récente, le rappeur, espèce en voie de développement (chaque cité compte un ou deux rappeurs, voire un par tour), était considéré comme un prophète infaillible, un mauvais modèle à suivre, un être inattaquable. Après le premier âge d’or du Rap censé et engagé (IAM, NTM), les rappeurs des 00’ se sont lancés dans une compétition d’égotrips les amenant quelques fois au clash artistique, voire plus loin. C’est au cours de cette âge d’or de l’égocentrisme que le Rap Français si particulier s’est rapproché de son oncle américain. Le Boom Bap a laissé place à la Trap, les lyrics de poète urbain à l’ambiance club et aux titres planants. Mais à la fin des années 00´ le Rap n’est plus si optimiste que ça sur son sort. Des artistes comme Damso qui prétend « Dieu ne ment jamais » ou PNL qui squatte « Dans ta rue » ont un discours moins rose sur la vie tant fantasmée de dealer. Se rapprochant d’un « Dealer pour survivre » du groupe Expression Direkt, ils parlent tous d’une vie qui ne tient qu’à un fil. Puis comme le psychopathe tueur dans « Scream », le film de Wes Craven, qui perd sa toute puissance puisqu’il est aussi naze que ses pauvres victimes après des décennies de « Halloween », de « Vendredi 13 » où le tueur était infaillible, le rap perd sa toute puissance. Sur les ruines de l’ego-trip naît l’age d’or du Troll Rap.

En France, le Troll Rap naît à Versailles au début des années 2000 avec le très subversif Klub des Loosers. Ce groupe connaît la postérité avec l’album « Vive la Vie ». Il comporte deux titres assez extraordinaires « Sous le signe du V » et bien entendu « De l’amour à la haine ». Au programme des paroles qui vantent la « No Life » du rappeur de ses vaines amourettes avortées jusqu’à sa tendance à se prendre pour ce qu’il n’est pas. Pas de gangsta rap ici. Le rappeur est comme ses auditeurs perdus entre deux millénaires qui ne veulent pas de sa jeunesse. Dans ce Troll Rap, on retrouve aussi un Svinkels carrément Punk qui fait « Front contre le Front ». Plus engagé mais carrément pas égo-trip, le rappeur participe a l’éclosion d’un mouvement en marge du Rap gonflé aux stéroïdes depuis que « les Mcs rap le cul moulé dans des slims » (Diam’s). Mais ce mouvement ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui sans l’appui de Orelsan.

Orelsan arrive comme un cheveu sur la soupe dans les premières années qui suivent le nouveau millénaire dans un Rap Game torturé par les clashs en tous genres. Le rappeur avec ses « looser trip » arrive à séduire un public peu accoutumé à écouter du Rap. Avec des titres comme « Pour le Pire », le rappeur caennais décrit à perfection le malaise de l’adolescent. Les jeunes se reconnaissent en lui. Authentique le rappeur connaîtra des procès en chaîne avec les associations féministes pour avoir chanté un certain «  S*.* Pute » en concert. Meilleur témoin de son temps, Orelsan évoque le malaise de la génération « native » dans le titre « Plus rien ne m’étonne ». Finalement, c’est cette génération  « native » que le rappeur a accompagné jusqu’à l’âge d’adulte. Orelsan est le rappeur de cette génération qu’il a accompagné jusqu’à la trentaine. Dans son dernier album « La fête est finie », il exploite la crise de la trentaine qui a fini par achever le rebelle qui était en lui (peut-être pour en faire naître un autre encore plus sincère). A la fin des années 10’, le Troll Rap prend le pouvoir.

C’est d’abord avec Vald que le Troll Rap se développe. Au début de sa carrière avec ses mixtapes « Ni Queue Ni Tête », le rappeur du 93 choque et suscite incompréhension comme sur son titre « Autiste » qui relate les méfaits d’un schizophrène en manque de sensations fortes. Peu accoutumé aux différents codes imposés par le marché musical, le rappeur dévoilera « Selfie » un clip classé X diffusé sur PornHub. Entre ses mixtapes folles dont le dernier « NQNT 33 », et ses deux albums « Agartha » et « Xeu » qui tapent tous les deux le disque de platine, le rappeur déploie des instrumentales barrées, un rap excellent, des égotrips à mourir de rire. Avec Vald on est toujours à la limite du second degré et de l’autodérision. Son clip « Deviens Génial » tourné façon VHS dans une église reflète le malaise d’une société ou l’apparence, la forme a pris le pas sur le fond et là réalité. Avec deux disques de platine en poche, le rappeur écrit les lettres de noblesse du R.A.P.

Lorenzo, « L´empereur du sale » comme il tend à se présenter marche lui aussi sur les traces de ses illustres prédécesseurs. Le rappeur a rencontré sa bande dans la classe cinéma d’un lycée. Avec « Colombine », il inventera un personnage « L’empereur du sale ». Lorenzo n’est pas seulement un rappeur, il évolue dans le rap avec le personnage de « L’empereur du Sale » et son esthétique dans les clips, comme ses interventions en vidéo alimentent ce personnage. Lorenzo est violent, vulgaire et intelligent. Il est la rébellion incarnée depuis que « le rock a perdu ses couilles » (Youssoupha). Colombine qui l’a au départ suivi dans son délire est aujourd’hui plus branché Pop.

Quoi qu’il en soit le Troll Rap plait, il décroche des disques de platine. Le rappeur n’est plus tout puissant. Qui est l’exemple ? Personne.

@le_z_de_ze_z #METOO je me suis pris une droite dans un aéroport. J'ai pas fait de prison ... Mais #BalancetonRappeur Mec !