samedi 6 février 2021

L’Interview du label Rilèsundayz pour la sortie de « Family Business » !

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« Rilèsundayz« , c’est avant tout le nom d’un label. Ce label s’est formé autour du personnage de Rilès, rappeur autodidacte et complètement singulier, dans une musique urbaine, qui, quelques fois s’exprime d’une même voix monocorde.

Tout commence à la fin des années 2010′, le rappeur met en scène son entrée dans la musique urbaine. Chaque dimanche, il dévoile un nouveau titre sans forcer usant de la langue de Shakespeare, posant son timbre fuyant sur des riffs de guitare quelques fois, sur des samples plus classiques d’autres fois. Le rappeur ose, il transcende les codes du rap, refuse de suivre au pas l’héritage de ses ancêtres dans la musique.

Rilès Crédit Elisa Parron

Alors que les insiders ne jurent que par lui, le grand public fait sa connaissance au moment de sa signature chea  Republic Records, un label américain. Il passe alors du statut de « phénomène » à celui d‘OMNI (objet musical non identifié). Car il est le seul rappeur français à avoir signé sur une Major ricaine. Les médias se l’arrachent, lui qui a déjà rempli le Bataclan et l’Olympia.

Rilès c’est avant tout un testament trahi, une autre manière d’envisager le Rap en France.  Et en même c’est à travers son label, et son crew, que se perpétue l’esprit Hop-Hop. Justement le rappeur, Terry le directeur artistique, Léone et Younès (deux artistes signés sur le label) sortent leur « Family Business« . Plus qu’une mixtape ou un projet collectif, l’opus s’inspire du « Dreamville » de J.Cole. Est ce que l’esprit Hip Hop, scandé à tout va, est mort en France ? Rilès est catégorique à ce sujet : « Je pense que cet esprit collectif Hip Hop n’est pas forcément moins vif en France, quand tu vois Jul avec Bande Organisé, ou bien Vald avec la mixtape Echelon. L’esprit et la DA sont différentes mais la démarche est la même, réunir des personnes d’un même écosystème musical et culturel pour lui donner une plus grande importance ».

Le processus créatif de « Family Business » fait partie intégrante du projet. Le directeur artistique Terry en explique les tenants et les aboutissants :

« Pour ce projet on avait bloqué une semaine de résidence, c’était le temps maximum qu’on pouvait y allouer, les artistes sont toujours très pris par leurs projets respectifs alors c’est difficile de réussir à aligner les agendas plus longtemps (sachant qu’on a prévu cette résidence 3 mois à l’avance). Ça s’est fait à la fin de l’été au Studio 33Rec en Normandie, à une heure de chez nous. On voulait un endroit reculé pour créer la bulle créative la plus immersive possible. Alain, l’ingé son et propriétaire des lieux nous a aidé a set up deux studios supplémentaire en plus de celui qu’il a déjà dans sa maison ce qui nous faisait trois postes de travail. Le premier jour on est arrivé avec deux choses simples en tête: 

Le titre: FAMILY BUSINESS

L’envie de créer sans barrière avec pour unique but de prendre du plaisir en travaillant avec tout le monde.

On a donc passé la semaine à travailler par petit groupe et c’est pour ça que tu peux voir tout le monde sur les les crédits de quasiment tous les sons. C’était vraiment fluide.« 

Souvent dans les projets artistiques, c’est en pratique et non pas en théorie qu’on a quelques mauvaises surprises. Et bien sûr, temps de pandémie oblige il y a eu quelques imprévus. Selon Younés : « La classique qu’on aime bien raconter c’est que Leone avait le covid. Premier cas de covid sur Rouen. C’était vraiment pas de chance, il a appris ça une semaine avant la résidence, ça lui a foutu un coup au moral, à lui et à nous. Ca faisait tellement longtemps qu’on attendait cette semaine pour faire du son ensemble, ne pas pouvoir l’a faire à cause du covid c’était vraiment relou. On a essayé de le rassurer en mode “on va t’envoyer les sons, peut être tu seras guéri d’ici là” etc etc … Au final il nous a rejoint tout de même!  Il aime bien raconter qu’on l’a complètement délaissé une fois là bas alors que c’est pas vrai du tout. Je l’avais tout le temps au téléphone, et on élaborait des plans pour qu’il nous rejoigne, sans alerter les autres. Surtout Rilès qui était paro du covid! Moi je faisais genre ça me faisait pas peur mais en vrai quand Leone nous a rejoint dès que je parlais avec lui, derrière j’allais me laver les mains en scred comme un hypocondriaque ».

Crédits Elisa Parron _ Victor Laborde

Le principal intéressé reprend une maxime chère au Rap et à la morale collective dans son ensemble, « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort« , avec son adage sur le Covid qui fera sans doute école : « Juste j’avais le covid, et j’ai l’impression que ça m’a rendu plus fort. Les artistes si vous avez le covid dites vous que vous reviendrez plus fort. ». Avec les variants britanniques et sud africains qui débarquent. Beaucoup d’entre eux en feront l’expérience.

Pour Rilès l’image qui l’a le plus marqué c’était de voir « Younès qui crée et enregistre la maquette de ‘Chérie Coco’ avec Waseem (le beatmaker) dans la petite cuisine avec un micro Iphone après manger. Ca m’a rappellé qu’on pouvait vraiment être tout terrain tant qu’on a les bonnes idées et le ‘matos’ pour les poser ».

De passage en Interview, Shurik’n du groupe IAM avait raconté que tous les rappeurs de son équipe s’était battu pour rapper sur la prod de « Samouraï » sur laquelle il a fini par poser lui même. Pour « Family Business« , tout s’est fait naturellement, ils sont unanimes. Pour Rilès : « Non le choix des prods c’est fait de manière super organique, et surtout le fait que l’on faisait nous-même nos prods (sans avoir un dossier déjà prêt pour choisir des prods) à fait que tout au long du process de création, chacun apporter un avis constructif pour toujours aboutir à des prods qui nous parlent tous« . Younés est du même avis : « ça c’est fait super naturellement. Un tel aime cette prod, boum, il jump dessus, et ainsi de suite. Celui qui était le plus à l’aise sur la prod pouvait guider les autres, apporter son expertise pour que le tout soit cohérent et que ça se marie bien, tout en gardant chacun son univers propre, comme sur number one.« …. Bon Younés a peut être quelque chose à dire : « on a tout de même évincé mon couplet de “mental” je suis toujours pas content du tout. mais faut croire qu’il était pas au niveau. du moins c’est ce que m’ont dit les gars. J’ai toujours du mal à avaler la pilule« .

Dans son titre axé rap, Leone lâche une punchline sur Skyrock : « Laurent, fais nous passer dans ta radio« . Comme d’autres rappeurs il considère que la première radio rap de France devrait faire un effort envers les artistes émergeant :  « Pour moi le disque d’or est davantage une consécration qu’un passage sur skyrock . Mais c’est une étape importante pour un artiste. Dans le son c’était plus un pique qu’une demande de passage, je considère que les radios permettent pas forcément de mettre en valeur la qualité musicale ils sont plus dans la recherche du hit pour faire gonfler les chiffres.« .

Tous les artistes du label ont posé sur le titre « Number One » sorti il y a très peu de temps. Ce titre énergique un peu porté sur le reggaeton, représentatif de la richesse culturelle du label, est la signature de Rilèsundayz ? Pour Younès c’est plus une mentale d’autodidacte qu’une signature : « La mentale rilesundayz c’est de faire les choses par soi même, de pas attendre la main tendue ou que quelqu’un d’autre le fasse à notre place. Le premier à nous avoir montré le chemin c’est Riles, c’est lui qui avait cette dalle et cette audace de se mettre à faire ce qu’il ne savait pas faire et de croire vraiment en ses rêves. Il nous a prouvé à tous que c’était possible et on s’en est tous inspirés aujourd’hui dans nos parcours respectifs. Demain si j’ai un clip à faire, je vais pas me plaindre parce que y a un petit budget ou quoi. Je vais m’adapter et je vais le faire. Moi même si il faut. Je tiendrai la caméra gue3 ! c’est ça la mentale RSDZ« . Rilès est tout à fait d’accord : « Je pense que la signature artistique ‘Rilesundayz’ va se définir avec le temps, pour l’instant c’est beaucoup ‘une mentale’ comme dirait Younès. On se concentre sur l’état d’esprit, qu’est ce que cela va faire ressortir en nous, et forcément à un moment cela se traduira dans la musique et notre façon de collaborer de manière naturelle. ».

Leone reste avec beaucoup d’humour a pu s’empêcher de déclarer : « Perso comme l’a dit Younes, j’avais le Covid, quand je suis arrivé  l’équipe avait déjà trouvé la structure du son et les toplines, ça fait moi j’ai juste piqué le flow de Terrence et j’ai écris dessus ».


Bon on va pas se le cacher, ce « Rilèsundayz » c’est une mentalité bien US non ? D’où vient cette US influence qui amené Rilès à signer chez Republic Records ? Ce dernier répond : « Je sais que pour Terrence et moi, ça a commencé avec Kanye vers le collège quand il à sorti son album ‘My Beautiful Dark Twisted Fantasy’, ça a été un déclic en terme d’ouverture artistique musicale. De fil en aiguille on a chacun construit nos propres références ensuite, mais ça a été l’une des premières porte ouverte à la création type ‘Rap US’.« .

Oui Kanye West est quelques fois incompris, mais artistiquement c’est tout simplement un génie. Pour Léone c’est surtout les influences familiales : « Moi j’ai beaucoup été touché par la rap rnb us des années 2000 grâce à ma mère. Ça fait la vibe américaines a toujours été présente dans ma musique.« . Quant à Younés on l’a absolument pas compris : « Moi perso je suis beaucoup plus rap français que rap us. C’est eux 3 qui font grave les cainri là. J’ai tout de même été bercé par eminem, fifty cent, dr dre étant plus jeunes. mais ce qui m’a touché dans le rap français c’était le texte, que je comprenais, et auquel je m’identifiais plus facilement. C’était plus proche de moi. Après les prods et les flows des cainris ça a toujours été quelque chose! Y avait des sons qui me touchaient de fou j’en comprenais pas un traître mot! c’est fort« .

« Family Business » terminé, chacun retourne à ses projets. Rilès ne révèle rien, il ne veut pas se porter« le mauvais œil ». Pour Younès ce sera : »Mon album solo. Je veux que ce soit de la patate. Je viens choquer les gens, ça sera mon meilleur projet ou rien.  Autrement j’ai d’autres projets perso. De voyage, d’écriture, de cinéma. Plein de trucs. La vie s’arrête pas au rap ». Une réponse pleine de bon sens et qui trouve toute sa signification pendant la pandémie. Pour Leone ce sera un peu pareil, un projet solo que l’on attend de pieds ferme :« Un EP qui devrait sortir en février. ».

Terry le RZA de Rilésundayz, le stratège veut performer dans sa catégorie : « J’adore organiser et créer des conditions qui permettent à chacun d’exprimer au mieux son potentiel. Si je devais exprimer un but c’est que le label et les talents qui le composent grandissent pour qu’on exprime notre art sous sa meilleure forme. Et dans les années 30 d’exporter ça dans d’autres sphères pourquoi pas l’arène politique« . Le LR par exemple pourrait être un peu dépoussiéré … C’est Terry d’ailleurs qui résume le mieux cette philosophie du label : 

« Depuis le début on veut positionner RILÈSUNDAYZ comme une entreprise créative capable de mettre en lumière des talents disruptifs. Avec le temps on s’est structurés et on a solidifié notre équipe en s’entourant de personnes qui nous aident à produire entièrement tous nos projets. En 2020 en a senti qu’on était en train de tous passer un cap créatif et de maturité  dans nos domaines respectifs. Ça va de nos artistes, à nos beatmakers en passant par nos artistes visuels, photographes et chefs de projets. On aime l’idée d’utiliser tous nos talents sur des projets annuels pour en faire une carte de visite collective. L’année dernière on a sorti le premier numéro de notre magazine, ça s’inscrit aussi dans cette démarche. Essayer de mettre en avant tout le monde en laissant notre art s’exprimer car c’est notre meilleur porte parole« 

Le projet Family Business est disponible partout ! Sans doute le premier d’une longue série.